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Les grands systèmes étrangers
La constitution des grands pays du monde
Le système constitutionnel de
la République populaire de Chine
La Chine est
l'Etat le plus ancien (221 avant Jésus-Christ), le plus vaste (9 596 961 km2
- 17,5 fois la France) et le plus peuplé (environ un milliard quatre cents
millions d'habitants - environ 25 fois la France) du monde.
La République
populaire a été fondée le 1er octobre 1949, après la victoire du Parti
communiste de Mao Tsé Toung (Mao Zedong) sur le Kouo-min-tang (Guomindang)
de Tchang kaï-chek (Jiang Jieshi).
La Constitution actuellement applicable, celle du 4 décembre 1982, est la
quatrième depuis 1949 (20 septembre 1954, 17 janvier 1975, 5 mars 1978).
Elle a tété réformée en mars 2004 afin de tenir compte des demandes de la
communauté internationale concernant les droits de l'homme, et la demande
économique interne concernant le droit de propriété.
La République
populaire de Chine est officiellement un Etat unifié multinational et un
Etat socialiste de dictature démocratique.
Section 1. Un Etat
unifié multinational
La Chine n'est pas
un Etat fédéral mais, selon le Préambule de la Constitution de 1982, un Etat
unifié multinational "créé en commun par les diverses nationalités du
pays". Réellement la Chine est un Etat unitaire centralisé, en principe
totalement administré par le Parti communiste chinois.
§ 1. Les
institutions centrales
A/ Le principe de
la Souveraineté du Peuple
Selon l'article 2
de la Constitution de 1982 : "Tout le pouvoir appartient au Peuple".
Mais l'article 3 précise que tous les organes de l'Etat pratiquent le
"centralisme démocratique". Cette technique permet au Parti communiste
chinois d'exercer totalement la Souveraineté, au nom du Peuple qu'il
représente.
Le système économique étant le système socialiste c'est le peuple entier qui
est le propriétaire des moyens de production (art.6). La force dirigeante de
l'économie nationale est l'économie d'Etat, fondé sur la propriété
collective des masses laborieuses (art.7). Toutefois l'économie individuelle
des travailleurs des villes et de la campagne, limitée et contrôlée par
l'Etat, constitue un complément du secteur socialiste de l'économie (art.11)
et les étrangers peuvent faire des investissements en Chine, sous la
protection des lois de la République populaire (art.18).
La réforme constitutionnelle de mars 2004 a modifié l'article 13 de telle
sorte que la propriété privée soit désormais protégée, sous réserve de
l'intérêt public (en France l'article 17 de la Déclaration de 1789).
Désormais "Les biens privés légaux des citoyens sont inaliénables".
Mais "pour les nécessités de l'intérêt public, l'Etat peut procéder en
vertu de la loi à des saisies et à des expropriations, qui donnent lieu à
compensation".
B/ L'Assemblée
populaire nationale et son Comité permanent
I. L'Assemblée
populaire nationale
L'Assemblée
populaire nationale est l'"organe suprême du pouvoir d'Etat" (art.57)
par lequel le Peuple exerce sa souveraineté au niveau central.
Elle comprend environ trois mille députés, élus pour cinq ans par les
assemblées populaires locales et les forces armées (de fait choisis par les
instances locales du Parti communiste).
Elle se réunit une fois par an pour approuver les décisions de son Comité
permanent, qu'elle élit (mais tous les candidats sont "présentés" par le
département central du Parti communiste).
Elle vote les lois, y compris constitutionnelles, et approuve le budget
d'Etat.
Elle élit et révoque le Président et le vice-Président de la République.
Elle élit et révoque le Premier Ministre du Conseil des affaires d'Etat
(Gouvernement) ainsi que les ministres.
Elle élit et révoque les membres de la Commission militaire centrale, qui
dirige les forces armées (en réalité ses membres s'identifient totalement à
la Commission des affaires militaires du Comité central du PC).
Elle élit et révoque le Président de la Cour populaire suprême (la plus
haute juridiction d'Etat) ainsi que le Procureur général du Parquet de la
Cour.
II. Le Comité
permanent
C'est lui qui
convoque les sessions de l'Assemblée et, dans l'intervalle des sessions,
nomme, sur proposition du Premier Ministre, les ministres, et, sur
proposition du Président de la Commission militaire centrale, les membres de
celle-ci.
Il exerce le pouvoir législatif délégué et le pouvoir réglementaire.
Il exerce certaines fonctions internationales (ratification et dénonciation
des traités, nomination et révocation des représentants diplomatiques de la
Chine).
C/ Le Conseil des
affaires d'Etat (Gouvernement)
Outre le Premier
ministre il comprend de nombreux vice-Premiers Ministres, des Conseillers
d'Etat (Ministres d'Etat), un Secrétaire général, des ministres ou
présidents de Commissions d'Etat (administrations).
Le Conseil des affaires d'Etat est "l'organe administratif suprême" de la
République, qui dirige les ministères, les commissions et organismes d'Etat
déconcentrés. C'est lui qui arrête et applique les plans économiques et le
budget d'Etat.
D/ Le Président de
la République
Le Président de la
République est élu pour un unique mandat de cinq ans par l'Assemblée
populaire nationale, en même temps que le vice-Président, qui le remplace en
cas de vacance.
Ces fonctions, théoriquement importantes, sont formelles.
Il signe la nomination et le rappel des représentants diplomatiques à
l'étranger, reçoit les représentants diplomatiques des Etats étrangers.
Il signe la ratification et la dénonciation des traités.
Il signe la nomination et la révocation du Premier Ministre et des
ministres.
Il promulgue les lois.
§ 2. Les
institutions locales
L'Etat unifié est
administrativement divisé en 5 régions "autonomes", 21 provinces, les
municipalités de Pékin (Beijing), de Shanghaï et de Tien Tsin (Tianjin),
avec comme subdivisions des districts, des municipalités, des
arrondissements urbains, des cantons, des communes.
L'administration relève, sous l'autorité du Gouvernement central (Conseil
des affaires d'Etat), de la compétence d'assemblées populaires locales, pour
ce qui est du pouvoir délibératif, et de gouvernements populaires locaux,
pour ce qui est du pouvoir exécutif.
Les assemblées populaires sont élues au suffrage universel direct, par tous
les citoyens âgés de 18 ans au moins, jusqu'au niveau du district. Au niveau
supérieur elles sont élues au suffrage universel indirect.
Les assemblées populaires, à partir du niveau du district et au-dessus,
élisent un Comité permanent, qui est responsable de sa gestion devant elles.
Les assemblées populaires décident, sur la proposition des gouvernements
locaux, des affaires les plus importantes.
Les gouvernements locaux, élus par les assemblés et responsables devant
elles, exécutent les décisions des assemblées et de leur comité permanent,
et décident des affaires courantes. Pendant l'intervalle des sessions des
assemblées populaires, au niveau du district et au-dessus, les gouvernements
locaux sont responsables de leur gestion devant le comité permanent.
Section 2. Un Etat
socialiste de dictature démocratique
§ 1. Les principes
fondamentaux
A/ Les droits et
devoirs des citoyens
I. Les droits
Comme dans tous
les Etats socialistes qui se réclament de l'idéologie marxiste-léniniste,
des droits sont très généreusement accordés aux citoyens...
Selon la Constitution de 1982 les citoyens Chinois jouissent de la liberté
sous toutes ses formes (art. 35 à 40). La liberté individuelle, la dignité
des personnes et leur domicile, sont inviolables. Les citoyens ont la
liberté de parole, de presse, de réunion, d'association, de cortège et de
manifestation. Ils jouissent de la liberté religieuse.
Les citoyens Chinois jouissent également de l'égalité juridique. Notamment
la femme jouit des mêmes droits que l'homme, et en particulier elle reçoit
pour un travail égal une rémunération égale à celle de l'homme (art.48).
II. Les devoirs
Les citoyens ont
le devoir de travailler, si ils ont le droit au travail (art.42).
Le mari comme la femme ont le devoir de pratiquer le planning familial ; le
mariage, la famille, la mère et l'enfant étant protégés par l'Etat (art.49).
L'Etat encourage le planning familial pour assurer l'harmonie entre entre la
croissance démographique et les plans de développement économiques et
sociaux (art. 25).
Mais le devoir principal des citoyens est de préserver l'unité du pays et
l'union de ses nationaux, de respecter la Constitution et les lois (art.52
et 53).
B/ Les quatre
principes fondamentaux
Respecter la
Constitution et les lois cela signifie respecter l'"Etat socialiste de
dictature démocratique populaire, dirigé par la classe ouvrière et basé sur
l'alliance des ouvriers et des paysans" (art.1 de la Constitution de 1982).
Les droits des citoyens Chinois sont donc exercés dans la limite du respect
des quatre principes fondamentaux inscrits dans le Préambule de la
Constitution : respect de l'idéologie marxiste-léniniste et de la "pensée
Mao Zedong", respect de la dictature démocratique populaire, respect de la
"voie socialiste", respect du rôle dirigeant du Parti communiste.
§ 2. Le Parti
communiste chinois
A/ Son rôle
dirigeant
Il est très
clairement affirmé par les statuts du Parti, adopté le 6 septembre 1982 :
"Le Parti communiste chinois est le détachement d'avant-garde de la classe
ouvrière chinoise, le fidèle représentant des intérêts de toutes les
nationalités de Chine et le noyau dirigeant dans la cause du socialisme en
Chine".
Le PCC comprendrait environ 50 millions de membres encadrés selon le
principe du centralisme démocratique. La minorité doit se soumettre
totalement à la majorité et les décisions des responsables s'imposent
absolument. La sanction la plus élevée du non respect du principe de
l'obéissance absolue est l'exclusion.
Huit autres partis existent en Chine, les "partis démocratiques", qui ont
été fondés par des intellectuels ralliés à la Révolution socialiste en 1949
("compagnons de route"). Comptant environ 300.000 membres ils sont
étroitement contrôlés par le PCC.
B/ La nomemklatura
Le PCC est dirigé
et encadré par une minorité de politiques professionnels, une nomemklatura
d'environ huit millions de cadres qui exerce réellement tous les pouvoirs.
La nomemklatura intervient à tous les niveaux et exerce les trois pouvoirs
idéologique, politique et économique.
Toutefois l'on assiste depuis 1979 (après l'élimination de "la Bande des
quatre", la veuve de Mao (Jiang Qing) et ses alliés) à une certaine
évolution, à la fois dans le domaine de l'économie et dans celui du droit.
L'économie n’est
plus totalement dominée par les idéologues et politiques du Parti. Les
responsables économiques bénéficieraient d'une certaine autonomie. Une
certaine forme d'économie marchande est apparue dans les grandes villes. Les
investissements de la diaspora et des capitalistes étrangers sont
considérables, et la corruption de la classe dirigeante s'est banalisée, qui
oblige le pouvoir politique a faire fusiller, pour l'exemple, quelques
dizaines de "mafieux" de temps en temps, ce qui horrifie les intellectuels
occidentaux ...
Contre l'"avis" des écologistes occidentaux, notamment, instrumentalisés, ou
benoîts, la Chine n'hésite pas à réaliser d'énormes travaux publics, dans
son intérêt général.
Le droit a
toujours eu une place mineure en Chine. Avant la Révolution républicaine de
Sun Yat-sen en 1911 le droit est essentiellement répressif (droit pénal).
Dans la tradition chinoise du Confucianisme (Confucius, K'ong Fou-tseu,
v.551-479) le droit ne peut concerner que les "barbares", c'est à dire ceux
qui ne sont pas Chinois, et les mauvais Chinois, ceux qui n'ont pas compris
que l'on doit se déterminer selon les valeurs ancestrales, les règles
morales ritualisées. Entre 1929 et 1935 la Chine nationaliste de Tchang
Kaï-chek (Guomindang) a adopté six codes (textes constitutionnels, civil,
procédure civile, pénal, procédure pénale, commerce). En 1949 les codes
nationalistes sont abrogés et le droit devient, sur le modèle de l'URSS de
Staline (Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Joseph, 1879-1922-1953),
l'instrument de la dictature du prolétariat contre "les ennemis de classe".
Depuis 1979 l'on assiste à une renaissance du droit et à son utilisation
comme instrument du développement, notamment économique. Toutefois le droit
pénal demeure rigoureux, le maintien de l'ordre public étant toujours
prioritaire.
En avril/mai 1989
une tentative d'insurrection "démocratique" des étudiants de Pékin, qui
occupent la place Tienanmen du 5 avril au 3 juin, est réprimée
militairement. Cette répression est vigoureusement fustigée en Occident,
notamment par les intellectuels "parisiens", qui ne manquent pas une
occasion d'accuser la Chine de "violer" les droits de l'homme, et ne
manquent pas une occasion de soutenir les moines Thibétains, de remarquables
"démocrates" ...
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Des articles
additionnels ont été adoptés en 1994
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Un empire en pleins travaux
Outre la dérivation d'eau sud-nord, la Chine conduit trois autres chantiers
géants d'infrastructures, parmi les plus importants au monde, qui soulèvent
chaque fois des controverses, tant environnementales que politiques.
Le barrage des Trois Gorges.
Situé sur le fleuve Yangtsé, le barrage sera, à son achèvement en 2009, le
plus grand du monde. Il commencera cet été à produire de l'électricité et
vise à empêcher le renouvellement des inondations meurtrières qui jalonnent
l'histoire du troisième plus grand fleuve au monde. Il aura une capacité de
production équivalente à 18 réacteurs nucléaires, alors que 1,3 million de
personnes sont en cours de déplacement. D'un coût de 22 milliards d'euros,
le barrage est critiqué à la fois pour les conséquences écologiques et les
détournements de fonds d'indemnisation.
Le chemin de fer Qinghai-Tibet.
La réalisation de cette voie ferrée de 1 110 km de long, entre Golmud, sur
le plateau du Qinghai, et la capitale tibétaine Lhassa, tient de l'exploit.
L'essentiel du chantier est situé entre 4 000 et 5 000 m d'altitude, dans
des conditions terribles : manque d'oxygène, températures à - 40 °C en
hiver, dans une zone sismique. Le projet d'environ 3 milliards d'euros
devrait être achevé en 2007. Il est dénoncé par les défenseurs du Tibet, qui
affirment qu'il ne fera qu'accélérer la mainmise chinoise sur le Toit du
monde.
Le gazoduc ouest-est.
Lancé l'an dernier, le pipeline de plus de 4 000 km reliera les gisements de
gaz naturel du Xinjiang, dans l'ouest de la Chine, à la plus grande ville du
pays, Shanghai, sur la côte est. D'un coût de 20 milliards d'euros, partagé
entre la société d'Etat Petrochina et ses partenaires Shell, Exxon et
Gazprom, il devrait permettre de réduire la consommation de charbon au
profit du gaz naturel. Mais le projet est critiqué pour son absence de
transparence et les faibles compensations aux personnes déplacées par les
travaux.
Libération, jeudi 10 juillet 2003, p. 15
©Denis Touret
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