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Les grands systèmes étrangers
La constitution des grands pays du monde
Le système constitutionnel des Etats-Unis d'Amérique
Par la Déclaration
d'Indépendance du 4 juillet (Independence Day) 1776, les 13 colonies
américaines de la Grande-Bretagne se séparent de la métropole.
Le 14 novembre 1777, elles constituent une Confédération et Union
perpétuelle par les Articles of Confederation and Perpetual Union. Un
organe central, le Congrès, est créé, qui a des pouvoirs étendus en matière
de politique étrangère, mais qui ne peut pas lever l'impôt. Les Etats
membres de la Confédération demeurent souverains mais leurs citoyens ont la
qualité de citoyens de l'Union et peuvent circuler librement sur l'ensemble
de son territoire. Les décisions judiciaires de chaque Etat sont reconnues
par les autres Etats.
La Confédération menaçant de se disloquer, à cause de son manque de
ressources fiscales, et du fait que certains Etats s'entourent de barrières
protectionnistes pour faire face à la crise économique, une Convention se
réunit à Philadelphie en mai 1787, sous la présidence de George Washington
(1732-1799), qui élabore la Constitution fédérale du 17 septembre 1787,
entrée en vigueur en mars 1789.
La Constitution de 1787/1789 ne comprend, à l'origine, que 7 articles
auxquels seront ajoutés ensuite 26 amendements.
Les 10 premiers amendements, adoptés en 1791, constituent la Charte des
Droits fondamentaux (Bill of Rights) pour la Fédération, mais,
historiquement, la première Déclaration américaine des Droits est la
Déclaration des Droits qui précède la Constitution de la Virginie du 12 juin
1776, qui est immédiatement suivie de la Déclaration d'Indépendance du 4
juillet 1776.
Le Préambule de la
Déclaration d'Indépendance est ainsi conçu : "Nous tenons pour évidentes par
elles-mêmes les vérités suivantes : Tous les hommes sont créés égaux, ils
sont doués par le créateur de certains droits inaliénables ; parmi
ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les
gouvernements sont établis par les hommes pour garantir ces droits".
La formulation des Droits fondamentaux est comparable à celle de la
Déclaration française des Droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789
mais l'esprit est différent. Pour les révolutionnaires français la Loi, en
théorie expression de la volonté générale du Peuple souverain mais en
réalité expression d'une majorité parlementaire détenant le Pouvoir
politique au sein de l'Etat, est la garantie fondamentale du respect des
Droits inaliénables et sacrés. Pour les anglo-saxons le pouvoir de la Loi,
donc de l'Etat, doit être limité afin de permettre la libre expression des
volontés individuelles au sein de la Société et la séparation des pouvoirs,
législatif, exécutif et judiciaire, doit être effective - alors que pour les
révolutionnaires français elle a pour objet de permettre la souveraineté
législative face à l'exécutif.
Les Etats-Unis d'Amérique
sont donc une Fédération, une Fédération connaissant le régime présidentiel,
un Etat de Droit libéral, avec un système bipartisan souple.
Section 1. La Fédération
Les Etats-Unis
d'Amérique sont une Fédération de cinquante Etats. Chacun des cinquante
Etats détermine en principe librement sa constitution mais dans le respect
des principes figurant dans la Constitution fédérale du 17 septembre 1787.
Par ailleurs la répartition des compétences législatives entre l'Etat
fédéral et les Etats fédérés, tout d'abord très favorable à la
décentralisation, a été modifiée au profit de l'Etat fédéral, tout en
laissant subsister une importante compétence fédérée.
§ 1. L'organisation
constitutionnelle des Etats fédérés
Les Etats fédérés
disposent d'une autonomie constitutionnelle de principe, cependant limitée
par le Droit fédéral.
A/ L'autonomie
constitutionnelle de principe
La Constitution de
chaque Etat fédéré est précédée d'une Déclaration des Droits fondamentaux (Bill
of Rights) et organise la séparation des pouvoirs législatif, exécutif
et judiciaire.
I. Le pouvoir législatif
Le pouvoir législatif
est exercé par un Parlement (Legislature) composé de deux chambres
(bicaméralisme, sauf au Nebraska) : un Sénat généralement élu pour 4 ans et
une Chambre des représentants élue pour 2 ans. Dans 21 Etats les citoyens
disposent de l'initiative des lois (initiative populaire). Dans 39 Etats il
est possible de recourir au référendum. Certains Etats permettent d'utiliser
la procédure du rappel (recall) qui autorise les citoyens à destituer un
député ou un fonctionnaire élu (y compris les magistrats élus).
II. Le pouvoir exécutif
Le pouvoir exécutif
est exercé par un Gouverneur, élu au suffrage universel direct pour 4 ans
dans 47 Etats et pour 3 ans dans les Etats du New Hampshire, de Rhode Island
et du Vermont. Les autres membres de l'exécutif, collaborateurs du
Gouverneur, sont généralement élus par les citoyens et non pas choisis par
lui.
Le Gouverneur est généralement assisté d'un Lieutenant-gouverneur comme le
Président des Etats-Unis est assisté d'un Vice-président (fonction de
représentation). Le Gouverneur dispose d'un droit de veto sur les
propositions de lois émanant des parlementaires, qui pour la plupart des
Etats fédérés peut ne s'appliquer qu'à une partie de la loi (item veto, veto
partiel).
III. Le pouvoir judiciaire
Le pouvoir judiciaire
de chaque Etat fédéré est exercé par des tribunaux, organisés d'une manière
variable selon les Etats, qui sont soumis au contrôle d'une Cour suprême
dont les sentences peuvent être révisées par la Cour suprême de l'Etat
fédéral. Dans la plupart des Etats les juges sont élus et dans certains
Etats l'élection est politique. Dans nombre d'Etats les juges ne sont pas
protégés par le principe d'inamovibilité.
B/ Les limites apportées
par le Droit fédéral
I. Les
Post Civil War Amendments
Après la guerre de
Sécession entre le Nord et le Sud (Civil War, 1861-1865) sont adoptés
les Post Civil War Amendments :
- en 1865 le 13ème amendement à la Constitution de 1787 supprime l'esclavage
;
- en 1868 le 14ème amendement est adopté selon lequel :"Aucun Etat ne pourra
édicter ou appliquer une loi quelconque limitant les privilèges ou les
immunités des citoyens des Etats-Unis ; aucun Etat ne pourra priver
quiconque de sa vie, de sa liberté ou de sa propriété, sans procédure légale
régulière ; ou dénier à quiconque relevant de sa juridiction l'égale
protection des lois" (Section 1).
Cet amendement oblige les Etats fédérés à respecter les Droits fondamentaux
garantis par les dix premiers amendements de la Constitution de 1787 (Bill
of Rights de 1791).
Confirmatif et plus précis, le 15ème amendement, adopté en 1870, affirme que
:"Le droit de vote des citoyens des Etats-unis ne sera ni refusé ni limité
par les Etats-unis ou par un Etat quelconque, pour des raisons liées à la
race, à la couleur, ou à un état antérieur de servitude" (Section 1).
II. Les conséquences
Les Etats fédérés ne
sont donc plus totalement libres d'organiser leur système constitutionnel
comme ils l'entendent. En particulier le système électoral doit respecter le
principe "one man, one vote" et c'est le droit fédéral qui est applicable en
ce qui concerne la détermination des circonscriptions électorales et la
répartition des sièges (Baker v. Carr, 1962).
§ 2. La répartition des
compétences entre l'Etat fédéral et les Etats fédérés
A/ La décentralisation de
principe
I. Compétence de droit
commun pour les Etats fédérés
Le 10ème amendement
(1791) de la Constitution fédérale dispose que :"Les pouvoirs qui ne sont
pas délégués aux Etats-Unis par la Constitution, ni refusés par elle aux
Etats, sont réservés aux Etats, ou au peuple".
Le principe est donc, apparemment, clairement énoncé : la compétence de
droit commun est accordée aux Etats fédérés et la compétence d'attribution à
l'Etat fédéral.
II. Compétence
d'attribution pour l'Etat fédéral
L'Etat fédéral est
compétent en matière de relations internationales, pour entretenir des
troupes et faire la guerre, pour battre monnaie et instituer des impôts et
taxes afin de pourvoir à une défense commune et à la prospérité générale,
pour réglementer le commerce (commerce clause) avec l'étranger, entre les
différents Etats fédérés et avec les tribus indiennes, pour instituer des
tribunaux fédéraux subordonnés à la Cour suprême (Article 1, Section 8).
Cependant le dernier alinéa de la Section 8 de l'Article 1 ajoute que le
Congrès a le pouvoir :"De faire toutes les lois nécessaires à la mise en
oeuvre des attributions ci-dessus énoncées et de celles conférées au
Gouvernement des Etats-unis, à ses administrations ou à ses agents par la
présente Constitution" (necessary and proper clause).
III. Un fédéralisme
dualiste
Du fait de l'existence
d'une compétence de droit commun pour les Etats fédérés et d'attribution
pour l'Etat fédéral la Constitution de 1787 est donc interprétée par la Cour
suprême comme instituant un fédéralisme dualiste qui interdit en principe à
l'Etat fédéral d'intervenir pour limiter les droits des Etats fédérés.
B/ L'accroissement des
pouvoirs de l'Etat fédéral
Il résulte des
modifications constitutionnelles mais surtout de l'interprétation de la Cour
suprême et des besoins financiers des Etats fédérés.
I. Les modifications
constitutionnelles
Même si les 14ème et
15ème amendements n'ont été pleinement appliqués dans les Etats du Sud
qu'après la deuxième guerre mondiale ils constituent la première
intervention constitutionnelle tendant à limiter les pouvoirs des Etats
fédérés.
La réforme la plus significative sera celle du 16ème amendement, adopté en
1913, qui en permettant au Congrès de créer un impôt fédéral sur le revenu
accorde à l'Union les moyens financiers de ses interventions.
II. L'interprétation de la
Cour suprême fédérale
1° Pouvoirs implicites et
pouvoirs résultants
En 1819 la
necessity and proper clause est interprétée (Mc Culloch v. Maryland)
comme signifiant que les autorités fédérales disposent de pouvoirs
implicites (implied powers). Dans les matières qui ne sont pas strictement
interdites au législateur fédéral les autorités peuvent prendre les mesures
nécessaires pour atteindre des objectifs qui sont constitutionnels.
En 1821 (Cohens v. Virginia) la Cour suprême fédérale reconnaît au
profit du Congrès fédéral l'existence de pouvoirs résultants. Le Congrès
dispose de pouvoirs qui résultent de l'existence des pouvoirs qu'il détient
de la Constitution. Ainsi dans le domaine pénal la Constitution autorise le
Congrès à réprimer cinq catégories de crimes fédéraux, la Cour en déduit
pour le Congrès un pouvoir résultant lui permettant de réprimer toutes les
infractions à la législation fédérale et donc de promulguer un Code criminel
fédéral.
Mais les pouvoirs implicites et résultants ne peuvent pas intervenir dans
les matières qui relèvent de la compétence des Etats fédérés.
2° L'interprétation
extensive de la commerce clause
En 1824 (Gibbons v.
Ogden) la Cour suprême interprète extensivement la commerce clause qui
donne au Congrès le pouvoir "De réglementer le commerce... entre les
différents Etats de l'Union..." en l'autorisant à intervenir dans les
relations économiques d'Etat à Etat, ce qui lui permet de réglementer tous
les modes de transports et de communications, ainsi que la production
industrielle. Ce pouvoir d'intervention sera encore accru à l'époque du New
Deal, soit en invocant la commerce clause soit par référence à la
Constitution qui confie au Congrès le pouvoir de recouvrer les impôts afin
de pourvoir à la prospérité générale, de telle sorte que le Congrès peut
maintenant réglementer toute l'économie et le droit du travail.
La principale question juridique est alors de savoir si les Etats fédérés
sont tenus de respecter le droit fédéral dont le champ d'application est
ainsi considérablement étendu.
La réponse positive est apportée par la Cour suprême fédérale qui, se
fondant sur le fait que la loi fédérale est la loi suprême de la Fédération,
affirme la supériorité du droit fédéral dans les domaines couverts par la
commerce clause, notamment, en utilisant les théories de l'évocation (pre-emption)
et de l'évocation implicite - le fait pour le Congrès de l'Union de
légiférer, ou de manifester l'intention de le faire, dans une matière
déterminée enlève aux Etats fédérés leur compétence exclusive dans cette
matière.
III. Les besoins financiers
des Etats fédérés
Dans les domaines qui
restent de la compétence des Etats fédérés l'Etat fédéral peut intervenir
pour financer (grants-in-aid) certains programmes à condition que les
fédérés respectent des normes fixées par les fédéraux.
C/ Le maintien d'une
importante compétence législative fédérée
Malgré l'accroissement
des pouvoirs fédéraux, et le fait que, d'une manière ou d'une autre, l'Etat
fédéral peut attirer à lui la compétence, les Etats fédérés conservent une
importante faculté de légiférer.
Cela est vrai, tout d'abord, dans le domaine des droits des individus :
droit civil (notamment divorce), droit pénal (qualification des crimes et
délits, sanctions), droit fiscal, législation sur les armes, les jeux, les
drogues.
D'autre part les Etats fédérés, sauf les exceptions sus-indiquées,
conservent en principe le contrôle des administrations locales (local
government), de l'éducation, du maintien de l'ordre public, de
l'aménagement du territoire et de la réglementation économique et sociale.
Les Etats fédérés doivent reconnaître comme réciproquement valides leurs
législations (Article IV de la Constitution fédérale, full faith and
credit clause).
Section 2. Le Régime
présidentiel
Les Etats-Unis
connaissent du point de vue constitutionnel le Régime présidentiel, un
régime dans lequel le pouvoir législatif (le Congrès) et le pouvoir
gouvernant (la Présidence) ont des compétences séparées en principe
indépendantes.
§ 1. Le Congrès (Congress)
Constitutionnellement
le Congrès est l'organe fondamental de l'Union. En droit c'est le Congrès
qui personnifie les Etats-Unis (dans ses décisions la Cour Suprême désigne
le Congrès par l'expression United States). Votant les lois et plus
particulièrement le budget le Congrès est juridiquement en mesure de dominer
le Président qui a besoin de lui pour gouverner.
Le Parlement des Etats-Unis (the Congress) est composé de deux
chambres (bicaméralisme), le Sénat et la Chambre des Représentants, qui
exercent le pouvoir législatif, et contrôlent le pouvoir gouvernant par
l'action de leurs commissions.
A/ Le Sénat (Senate)
I. Composition et élection
Le Sénat, la Chambre
haute, fédérale, est composée de 100 membres, deux par Etat fédéré quelle
que soit l'importance de l'Etat.
Les sénateurs sont élus au suffrage universel direct, au scrutin majoritaire
uninominal à un tour, dans le cadre de l'Etat fédéré (elections at large),
pour 6 ans, parmi les citoyens ayant 30 ans au moins et ayant la nationalité
américaine depuis au moins 9 ans.
Le Sénat est renouvelable par tiers tous les 2 ans. Les élections
sénatoriales ont lieu en même temps que les élections pour le renouvellement
intégral de la Chambre des Représentants et soit en même temps que les
élections présidentielles soit à la fin de la deuxième année de chaque
mandat présidentiel (mid term elections).
II. Organisation
Le Sénat est un organe
permanent (continuous body) qui est présidé de droit par le
vice-Président des Etats-Unis. Celui-ci n'a le droit de vote qu'en cas de
partage des voix.
En cas d'absence ou d'indisponibilité du vice-Président la présidence du
Sénat est assurée par le Président pro tempore qui est élu, avec les autres
membres du bureau, par les sénateurs.
Le rôle du Président pro tempore du Sénat est formel car la procédure
sénatoriale est déterminée par l'accord consensuel (unanimous consent)
des leaders de la majorité et de la minorité politiques.
III. Prérogatives
En plus du pouvoir
législatif qu'il partage avec la Chambre des Représentants le Sénat dispose
d'un certain nombre de prérogatives, qui font de lui le contrôleur et le
conseiller du Président des Etats-Unis :
- il donne son accord à la nomination des Secrétaires d'Etat (ministres),
les candidats à la nomination doivent comparaître devant la commission
compétente qui exerce éventuellement un contrôle politique et moral
(concussion, drogue, alcool, adultère, notamment) ;
- il donne son accord à la nomination des juges à la Cour Suprême, des
ambassadeurs et des hauts fonctionnaires fédéraux (environ 2000 postes) en
exerceant éventuellement les mêmes contrôles ;
- il autorise à la majorité des deux tiers la ratification des Traités par
le Président des Etats-unis (en 1919 le Traité de Versailles, conclu par et
pour le Président démocrate Thomas Woodrow Wilson (1856-1924), fut rejeté
par le Sénat). Mais pour éviter les inconvénients d'un éventuel rejet le
Président peut signer avec les Etats étrangers, dans certains domaines, des
executive agreements qui sont dispensés de ratification.
IV. Prestige
Le Sénat,
représentation des Etats fédérés unis, jouit d'un prestige qui est bien
supérieur à celui de la Chambre des Représentants. Les Sénateurs sont des
personnages politiques importants, qui jouissent traditionnellement d'une
grande indépendance.
Jusqu'en 1979 la liberté de parole des sénateurs lors des débats
parlementaires pouvait aller jusqu'à l'obstruction de par l'utilisation
de la technique du filibustering, qui consistait à garder la parole à la
tribune pendant des jours et même des semaines (du 30 mars au 10 juin en
1964) afin d'empêcher le vote d'une loi.
Depuis 1979 la clôture du débat peut être prononcée à la majorité des trois
cinquièmes, mais après le vote de la clôture la procédure peut encore se
poursuivre pendant cent heures.
B/ La Chambre des
Représentants (House of Representatives)
I. Composition et élection
La Chambre des
Représentants est la Chambre basse, qui représente le Peuple américain.
Elle comprend 435 membres, élus pour deux ans au suffrage universel direct,
au scrutin uninominal majoritaire à un tour, dans le cadre de
circonscriptions internes aux Etats fédérés.
Pour être éligible il faut avoir au moins 25 ans, être citoyen américain
depuis au moins sept ans, et résider dans l'Etat où se situe la
circonscription dans laquelle l'on est candidat.
Chaque Etat est représenté en fonction de l'importance de sa population mais
tout Etat doit avoir au moins un représentant (la circonscription est alors
l'Etat tout entier - Wyoming). Un recensement décennal détermine, si
nécessaire, le redécoupage électoral, avec éventuellement nouvelle
répartition des sièges entre Etats (apportionement).
La Cour Suprême fédérale contrôle l'application du principe d'égalité des
populations entre circonscriptions (Wesbury v. Sanders (1964)) (Baker
v. Carr (1962) pour les élections aux législatures des Etats). Mais la
Cour Suprême refuse de contrôler les modalités du découpage, qui relèvent de
la compétence de la législature de chaque Etat, qui peut utiliser la
technique du Gerrymandering (technique utilisée au début du XIXème
siècle par le Gouverneur du Massachusetts Eldbridge Gerry) qui
consiste à découper les circonscriptions de telle sorte que la majorité
sortante en soit favorisée.
La Chambre des Représentants, comme le Sénat pour les élections
sénatoriales, est seule juge (pas de recours possible) de l'élection de ses
membres (éligibilité, procédure, résultats), ce qui peut conduire au
contrôle arbitraire de la majorité sur la minorité.
II. Organisation
Au début de chaque
législature la Chambre des Représentants vote son Réglement et élit son
Président (speaker).
Le speaker, qui est donc élu par le parti majoritaire, juge du
quorum, de la légalité des procédures, se prononce sur la recevabilité des
amendements, répartit les affaires entre les Commissions, accorde la parole
(recognition) aux représentants pendant les débats, accepte la
demande d'unanimous consent qui permet l'adoption immédiate des
textes, nomme les membres des commissions spéciales et des commissions de
conférences qui sont chargées de régler les désaccords entre les deux
chambres, nomme le Président du Rules Committee qui réglemente le travail
parlementaire.
Le speaker est assisté par les floor leaders, chef de la
majorité et chef de l'opposition, qui sont assistés par les whips
chargés d'encadrer les parlementaires.
III. Prérogatives
Par rapport au Sénat
la Chambre des Représentants dispose de deux prérogatives :
- elle détient l'initiative en matière financière mais le Sénat peut amender
ses propositions ou les rejeter ;
- elle élit le Président des Etats-Unis (dernière application en 1824)
lorsqu'aucune majorité de peut être dégagée du collège des grands électeurs
(voir infra).
C/ L'exercice du pouvoir
législatif
Les deux Chambres du
Congrès, qui ne peuvent être dissoutes, ont pleine compétence en matière
législative et disposent des mêmes attributions, sauf les exceptions
précitées.
La procédure législative américaine est extrêmement complexe.
I. L'initiative
L'initiative des lois
(bills) est généralement parlementaire mais elle peut recevoir le
soutien de la Présidence. De nombreuses propositions n'ont pas d'autre objet
que d'attirer l'attention des medias sur les parlementaires initiateurs.
II. Le travail en
commission
Le bill est ensuite
soumis à une commission puis à une sous-commission dans chaque chambre.
La commission choisie n'est pas nécessairement la commission matériellement
compétente si la chance d'aboutir politiquement est plus grande en procédant
ainsi car les neuf dixièmes des projets échouent à ce niveau de la
procédure.
Le Président de la commission saisie peut, par ailleurs, choisir d'adresser
le texte à une sous-commission a priori favorable ou non au texte.
La non-étude du texte par la commission bloque, de fait, définitivement
celui-ci, car si les chambres peuvent décider d'évoquer le texte devant
elles en séance plénière en votant une motion de décharge (discharge
petition) de la commission le vote de la décharge est extrêmement rare.
La commission saisie qui souhaite étudier le texte procède, généralement en
séance publique, à des auditions (hearings) de témoins - qui peuvent
être contraints de se présenter devant elle, ce qui permet à la Présidence,
aux administrations et aux groupes de pression (lobbies) de
s'exprimer.
Ensuite la commission se réunit, le plus souvent à huis clos, pour établir
le texte du projet (make-up session), qui peut être totalement
différent du texte originel du fait de l'introduction par la commission de
dispositions nouvelles (riders). C'est ce texte, accompagné des
amendements proposés et des rapports de la majorité parlementaire et
éventuellement de l'opposition, qui est considéré par la jurisprudence comme
constituant l'intention du législateur (congressional intent).
A la Chambre des Représentants le texte est ensuite soumis à la Rules
Committee qui décide ou non de renvoyer le texte en séance plénière et
fixe la procédure (temps de parole, amendements, scrutins).
III. La séance plénière
Le texte renvoyé (rules)
doit être inscrit à l'ordre du jour de l'un des rôles (calendar) de
chacune des assemblées.
Il y a deux rôles au Sénat (executive calendar pour les nominations
présidentielles et l'approbation des Traités, calendar of business
pour le législatif).
Il y a six rôles à la Chambre : les deux plus importants étant l'Union
calendar pour les projets de lois de finances et le House calendar
pour les grands projets.
Le droit d'amendement est absolu au Sénat, ce qui permet de faire de
l'obstruction en déposant des amendements démagogiques sans rapport avec le
rules - qui est ainsi transformé en Christmas tree.
A la Chambre le droit d'amendement est réglementé par le Rules Committee,
mais l'obstruction est possible lorsqu'il y a open rule.
Le débat peut être clos par le vote d'une motion. Le texte peut être renvoyé
en commission. Le vote sur le texte peut être différé. Le texte adopté peut
être, dans les deux jours et sur proposition d'un membre de la majorité,
soumis à une nouvelle délibération.
IV. Le vote
Sauf exceptions
(révision constitutionnelle, veto, impeachment...) les votes sont
acquis à la majorité simple. Seuls les parlementaires présents peuvent
voter. Le vote est nominatif.
V. La Commission mixte de
conciliation
Lorsque les projets de
lois n'ont pas été adoptés en termes identiques par les deux chambres du
Congrès ils sont soumis à une Commission mixte de conciliation (Conference
Committee), dont les propositions ne peuvent être que rejetées ou
adoptées, sans amendements.
D) Le contrôle des
Commissions et l'impeachment
I. Les Commissions
1° Elles jouent un rôle
considérable
Du fait de la
séparation des pouvoirs entre le Congrès et la présidence, et du fait que la
responsabilité politique du pouvoir gouvernant ne peut être engagé devant
les parlementaires, les commissions parlementaires jouent un rôle
considérable, non seulement, ainsi qu'on vient de le voir, dans la procédure
législative, mais aussi comme pouvoir de contrôle de la présidence.
2° Elles sont multiples
Il y a 22 commissions
permanentes (Standing Committees) à la Chambre des Représentants et
17 au Sénat, qui sont divisées en un nombre considérable de
sous-commissions.
Les commissions spéciales (Select Committees), qui disposent d'un
pouvoir d'enquête dans une matière déterminée, sont en principe provisoires.
Les commissions de conférence (Conference Committees), mixtes et
paritaires entre les deux chambres, concilient, ainsi qu'on l'a vu, les
différents législatifs entre les deux chambres.
Les commissions conjointes (Joint Committees), également mixtes et
paritaires, sont notamment chargées de régler certains problèmes
administratifs concernant le Congrès.
Les commissions de surveillance ("Watchdogs" Committees) contrôle la
politique de l'exécutif en enquêtant sur ses interventions dans un domaine
déterminé.
3° Leurs enquêtes
Les enquêtes les plus
"efficaces" sur le pouvoir gouvernant sont menées par les commissions
spéciales (Watergate, Irangate) ou les sous-commissions ad
hoc des commissions permanentes.
Les membres des commissions spéciales et permanentes sont désignés par les
partis politiques. Le parti majoritaire détient la majorité au sein des
commissions et désigne leur président. De ce fait, et du point de vue
juridique, la procédure devant les commissions fait problème, qui ne
respecte pas nécessairement les droits de la défense des "témoins" cités,
qui ont l'obligation de comparaître (subpoena) et de produire leurs
documents (subpoena duces tecum), faute de quoi ils seraient condamnés pour
outrage au Congrès (contempt of Congress).
II. L'impeachment
1° La procédure
Le contrôle du Congrès
sur la Présidence peut théoriquement conduire à mettre en cause la
responsabilité en principe pénale du Président, du vice-Président et de tous
les fonctionnaires civils, de par l'utilisation de la procédure de
l'impeachment.
La mise en accusation pour "trahison, corruption, ou tous autres crimes et
délits" (Const. Art. II, Sect.4) est faite par la Chambre des Représentants
et le jugement est prononcé par le Sénat, qui peut à la majorité des 2/3
destituer le coupable - qui sera ensuite jugé par les tribunaux ordinaires.
2° La mise en oeuvre
a. Contre Andrew Johnson en
1868
La procédure a été
utilisée pour la première fois contre le Président Andrew Johnson en 1868,
le Congrès lui reprochant de s'opposer à sa politique de représailles à
l'égard des Etats vaincus du Sud.
Onze chefs d'accusation furent retenus contre lui mais le Sénat ne put
atteindre la majorité qualifiée pour les trois premiers (moins une voix sur
le premier et le second, moins deux voix sur le troisième) et la procédure
fut abandonnée.
b. Contre Richard Nixon en
1974
La procédure fut de
nouveau utilisée contre le Président Richard Nixon en 1974 à propos de
l'affaire du Watergate (espionnage du siège du parti démocrate, révélée par
des journalistes du Washington Post), le Président s'étant rendu en
Chine communiste en 1972 et à un moment ou le Président essaie de s'essayer
à envisager de régler l'affaire du Moyen-Orient opposant Israël aux
Palestiniens.
En juillet 1974 le Judiciary Committee de la Chambre des
Représentants prononce la mise en accusation sous trois chefs d'inculpation
: obstruction à la justice, abus de pouvoir et contempt of Congress
(refus de comparaître).
Le Président Nixon démissionne le 8 août 1974.
A la suite de cette affaire le Congrès a voté un certain nombre de textes
qui ont pour objet de limiter les pouvoirs du Président : le Budget and
Impoundment Act de 1974, qui réorganise la procédure législative en
matière financière ; l'Arms export control Act de 1975, qui oblige le
Président à demander l'accord du Congrès pour les ventes d'armes à
l'étranger (non respecté dans l'affaire de l'Iran Gate) ; le
National Emergencies Act de 1976, qui limite les pouvoirs du Président
de déclarer l'état d'urgence.
c. Contre William (dit
Bill) Clinton en 1998
527-1. A partir de janvier
1998 l'on parle aux Etats-Unis d'Amérique, à propos des "problèmes" du
président démocrate William Jefferson Clinton (dit Bill) avec certaines des
nombreuses femmes qui lui auraient fait quelques "plaisirs", et par
référence au Watergate de Nixon, d'un sexgate ou d'un Monicagate, du nom
d'une jeune ancienne stagiaire juive de la Maison Blanche, Monica Lewinsky.
Le procureur (dit) indépendant Kenneth Starr, un puritain ultra
conservateur, est chargé d'une enquête dont l'objectif est de prouver que le
président Clinton est coupable de parjure, d'obstruction à la justice, de
subornation de témoins et d'abus de pouvoir. Il remet son rapport positif à
la Chambre des représentants le 9 septembre 1998 permettant ainsi le
lancement de la procédure pouvant conduire à l'impeachment.
Le 4 septembre 1998 le sénateur démocrate juif Joseph I. Liebermann
abandonne son "ami" Cinton dans un discours au sénat (extraits publiés par
le Journal Le Monde, "Oui Bill Clinton s'est mal conduit", 10
septembre 1998, page 1 et 14). Le rapport, croustillant, du procureur Starr
est publié sur internet le 11 septembre et reproduit, plus ou moins censuré,
par tous les journaux, sauf le journal officiel du Vatican l"Observatore
romano". Il semblerait bien à la lecture de ce rapport que le président,
grand amateur de cigares et de "gâteries" en tout genre, se soit fait
"piégé" indirectement par la jeune Monica Lewinsky. Dans cette "affaire" les
medias anglo-saxons sont hystériques et le monde entier s'amuse, ou
s'inquiète, de voir que la première puissance mondiale puisse être obnubilée
par la courbure du sexe de son puissant président...mais il semblerait bien
que celui-ci soit réellement un menteur (He's a cheat, dit son
adversaire républicain Bob Dole en 1996, qui lui-même...) et donc réellement
un parjure, ce qui n'étonne nullement ceux qui connaissent un peu les
politiques ...
La Chambre des représentants ouvre formellement la procédure de
l'impeachment le 8 octobre 1998 par 258 voix (dont 31 démocrates) contre
176.
Le 17 décembre 1998 la Chambre des représentants devait mettre en accusation
le président Clinton lorsque la veille, de retour d'Israël où le Premier
ministre ultra conservateur Benyamin Netanyahou refuse de poursuivre "le
processus de paix" avec les Palestiniens, il décide de faire bombarder
Bagdad (sous la direction de son ministre de la défense William Cohen), avec
l'accord enthousiaste de son allié satellitaire Tony Blair, Premier ministre
travailliste de Grande Bretagne, mais sans l'accord du Conseil de sécurité
de l'ONU, - l'intervention de la Chambre des représentants est alors remise
au lendemain.
Le 19 décembre 1998 la Chambre des représentants vote la mise en accusation
par 228 voix (dont cinq démocrates) contre 206 (dont 5 républicains et 1
indépendant) pour parjure devant le grand jury dans l'affaire
Lewinsky, l'obstruction à la justice étant également votée comme deuxième
chef d'inculpation.
Le procès est ouvert en janvier 1999. Le 1er février Monica Lewinsky est
interrogée par les procureurs républicains dans une suite du célèbre hotel "Mayflower"
(du nom symbolique du navire qui amena les premiers colons puritains sur la
côte est en 1620), il n'y aurait pas eu de reconstitution, en tout cas l'on
n'en voit aucune trace dans le document qui fut télévisé...
Le 12 février 1999, la majorité requise étant des 2/3 soit 67/100, le Sénat
acquitte William Jefferson (dit Bill) Clinton sur les deux chefs
d'accusation (55 voix pour le parjure, 50 voix pour l'obstruction à la
justice). La plaisante Justice américaine a rendu son verdict politique, le
coût de l'affaire serait de 40 millions de dollars... Et Monica Lewinsky
publie ses "mémoires" le 4 mars 1999.
§ 2. La Présidence (Presidency)
A/ Mandat du Président et
vacance
I. Le mandat présidentiel
A la fois Chef d'Etat
et Chef de Gouvernement, le Président des Etats-Unis d'Amérique n'est élu
que pour un mandat de quatre ans, renouvelable une seule fois (depuis 1951 -
Amendement XXII- , suite à la troisième présidence (1944-1945) de Franklin
Delano Roosevelt qui, malade, subit fortement l'influence de Staline
à la conférence de Yalta des 4-11 fév. 1945).
II. La vacance (Const.,
Amend. XXV (1967))
1° De la Présidence
Le Président est
remplacé par le vice-Président dans les conditions suivantes :
- en cas d'incapacité le vice-Président assure l'intérim ; si le Président
fait connaître par écrit son incapacité le vice-Président devient acting
president (George Bush a ainsi remplacé temporairement Ronald Reagan
victime d'un attentat en 1985) ; si le Président ne peut pas reconnaître son
incapacité le vice-Président assure l'intérim avec l'accord de la majorité
du Cabinet ; si le Président ne veut pas reconnaître son incapacité c'est le
Congrès qui en décide à la majorité qualifiée des 2/3 ;
- en cas de décès, de démission, de destitution, le Président est remplacé
par le vice-Président (assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy
à Dallas en 1963 - remplacé par le vice-Président Lyndon Baines Johnson ;
démission de Richard Nixon en 1974 à la suite de l'affaire du Watergate -
remplacé par le vice-Président Gerald Ford, lui-même nommé par Richard Nixon
en 1973 pour remplacer le vice-Président Spiro Agnew démissionnaire pour
concussion).
Le vice-Président qui remplace le Président peut se présenter ensuite à
l'élection présidentielle mais il ne pourra se présenter qu'une fois s'il a
remplacé le Président pour une durée supérieure à deux ans (Const., Amend.
XXII (1951)).
2° De la vice-Présidence
En cas de vacance de
la vice-Présidence le Président nomme un vice-Président qui entre en
fonction après le vote de confirmation, à la majorité simple, des deux
chambres du Congrès.
La procédure a été utilisée en 1973 et 1974. Après la démission du
vice-Président Spiro Agnew en 1973 le Président Richard Nixon a nommé comme
vice-Président Gerald Ford. Richard Nixon ayant démissionné en 1974 a été
remplacé à la Présidence par Gerald Ford qui a, alors, nommé à la
vice-Présidence Nelson Rockefeller. Pour la première fois ni le Président ni
le vice-Président n'avaient été élus lors d'une élection présidentielle.
B/ Election du Président et
du vice-Président
I. Les conditions
d'éligibilité
Le candidat à la
Présidence doit être né citoyen américain, être âgé de 35 ans au moins,
avoir résidé 14 ans aux Etats-Unis.
Le candidat à la vice-Présidence, le vice-Président étant élu en même temps
que le Président et pour la même durée, doit remplir les mêmes conditions.
II. La désignation des
candidats
Pour chacun des deux
grands partis des délégués sont désignés dans les Etats fédérés qui se
réunissent en "Convention nationale" pour choisir leur candidat à l'élection
présidentielle ainsi que le candidat à la vice-Présidence (ticket).
De fait il s'agit d'une fête médiatique dont les résultats sont connus à
l'avance.
Dans certains Etats des "primaires" sont organisées pour désigner ces
délégués (35 en 1988 pour les démocrates, 36 en 1992 : 17 fermées, 19
ouvertes) qui, dans d'autres Etats, sont désignés par les notables du parti
(bosses) selon la technique apparemment démocratique du caucus.
(Voir infra pour les primaires et le caucus).
III. Le mode électoral
Le Président et le
vice-Président sont élus pour quatre ans, en théorie au suffrage universel
indirect, de fait au suffrage universel direct.
1° Le vote du Peuple
américain
Dans chaque Etat
fédéré, le mardi qui suit le premier lundi de novembre (on vote le même jour
pour la présidentielle, le renouvellement de la Chambre des représentants,
le renouvellement du Sénat, et selon les Etats fédérés pour élire le
gouverneur et le lieutenant-gouverneur, les assemblées fédérées, les juges,
les procureurs, les sherifs, les maires, les responsables du trésor ...), le
Peuple américain élit au suffrage universel direct, au scrutin de liste, les
"électeurs présidentiels", qui se sont engagés pendant la campagne
électorale à voter pour l'un des tickets (Président et vice-Président)
concurrents.
Dans six Etats le mandat est impératif, les "électeurs présidentiels" sont
juridiquement tenus de respecter leurs engagements. De fait, sauf
exceptions, les engagements étant tenus le résultat des présidentielles est
connu le soir de ces élections.
2° Le vote des "électeurs
présidentiels"
Le lundi qui suit le
second mercredi de décembre les "électeurs présidentiels" votent pour élire
officiellement le Président et le vice-Président.
Ce système est la survivance du système d'origine dans lequel les "électeurs
présidentiels" étaient élus par les parlements (legislatures) des
Etats fédérés.
Cela peut conduire, exceptionnellement, au fait que la majorité des
"électeurs présidentiels" ne coïncide pas avec la majorité populaire (1876
Tilden/Hayes, 1888 Cleveland/Harrisson, 2000 Bush/Gore).
En 1960 118 000 voix seulement séparaient Kennedy de Nixon (en faveur de
Kennedy) et un léger déplacement de voix au Texas et en Illinois aurait
assuré à Nixon une majorité de grands électeurs.
En 2000 500 000 voix séparaient Al Gore de George W. Bush (en faveur de Al
Gore) et un déplacement de quelques centaines de voix en faveur de Al
Gore en Floride (dont le gouverneur est le frère de Bush) aurait permis
l'élection de celui-ci.
De nombreux projets de réforme ont été proposés, sans succès : le projet
Celler de 1969 a échoué au Sénat du fait d'un flibuster organisé par
les sudistes et les petits Etats.
IV. L'installation
Les résultats
officiels sont proclamés le 6 janvier et le Président élu prête le serment
constitutionnel, sur la Bible et devant le Chief justice (Président
de la Cour Suprême), le 20 janvier.
C/ Les pouvoirs
présidentiels
I. Un Chef d'Etat et un
Chef de "Gouvernement"
Les pouvoirs
présidentiels sont assez mal définis par la Constitution. Du fait de
l'accroissement des interventions fédérales d'une part et de la puissance
des Etats-Unis dans le monde, d'autre part, ils sont aujourd'hui
considérables, même si le Président doit partager certains de ses pouvoirs
avec le Congrès et obtenir de celui-ci le vote de son budget.
A la fois Chef d'Etat et Chef de gouvernement, et donc Chef de
l'Administration fédérale, Commandant en Chef des Forces Armées, Chef de la
Diplomatie, le Président des Etats-Unis est le seul à décider, après avoir
éventuellement recueilli l'avis de ses "ministres" que sont les Secrétaires
d'Etat, qu'il nomme (avec l'accord du Sénat) et révoquent librement.
II. Le Cabinet et le
kitchen cabinet
L'ensemble des
Secrétaires d'Etat, placés à la tête des "ministères" (departments),
constitue le Cabinet qui se réunit sous la présidence du Président
quand celui-ci le souhaite.
Le Cabinet n'est pas un véritable "gouvernement", il n'a pas
d'existence constitutionnelle. Le mot de Lincoln, consultant ses Secrétaires
d'Etat sur l'abolition de l'esclavage, est très célèbre : "Sept non, un
oui : les oui l'emportent".
De fait le rôle le plus important est joué par le kitchen cabinet,
qui est composé librement de conseillers politiques et/ou de responsables
administratifs.
III. En matière législative
Le Président détient
trois facultés d'intervention et un privilège.
1° La convocation du
Congrès en session extraordinaire
Le Président peut
convoquer le Congrès, ou l'une des deux chambres, en session extraordinaire,
et fixer la date de leur ajournement en cas de désaccord entre elles à ce
sujet.
De fait les chambres siégeant quasiment en permanence, avec de simples
suspensions dont elles décident conjointement, cette faculté est de peu
d'importance.
2° L'initiative législative
Le Président peut
informer "périodiquement le Congrès sur l'état de l'Union", et recommander
"à son attention toute mesure qu'il jugera nécessaire et opportune" (Const.
Art. II, Sect.3) ; cela lui permet d'exercer un véritable pouvoir
d'initiative législative (chief legislator).
Le message sur l'état de l'Union, qui est devenu annuel et qui est lu par le
Président lui-même, permet de présenter des projets législatifs très
détaillés, qui seront ensuite formellement repris comme bills par des
"amis" membres du Congrès.
Les autres messages présidentiels, éventuellement plusieurs par mois et qui
sont lus par les secrétaires des chambres, sont accompagnés de bills
formellement rédigés.
3° Le droit de veto
Le Président dispose
d'un droit de veto. Le bill voté en termes identiques par les deux
chambres est soumis au Président pour être promulgué dans les dix jours.
Avant la signature de promulgation le bill peut être renvoyé avec un message
explicatif (message veto) devant le Congrès qui peut renverser le
veto par un vote à la majorité des 2/3 dans chaque chambre.
Le veto présidentiel ne peut porter que sur l'intégralité du texte alors que
le veto d'un Gouverneur peut porter sur un article du texte - item veto.
Le veto présidentiel peut également être opposé à toute résolution et à tout
vote parlementaire, sauf les votes portant sur l'ajournement des chambres et
les amendements constitutionnels.
Le Président dispose encore du pocket veto en refusant de signer un
bill qui lui a été transmis dans les dix jours précédant
l'ajournement du Congrès, ce qui met fin à la procédure législative (le
bill devient caduc) sans qu'il lui soit nécessaire de se justifier
devant le Congrès et sans que son veto puisse être renversé.
(Le Congrès, par une loi du 9 avril 1996, avait accordé au président un
nouveau veto, un veto sélectif (Line Item veto, selective veto)
qui lui permettait de s'opposer aux dispositions particulières incluses dans
l'intérêt de certains groupes de pression par les parlementaires dans les
lois de finances. Ce veto sélectif a été utilisé pour la première fois par
le président Clinton le 11 août 1997. Mais la Cour suprême a jugé qu'il
n'était pas constitutionnel dans son arrêt du 25 juin 1998 (W.J.Clinton,
president of the United States et al. v. City of New York et al.)
Le veto a été très utilisé entre 1937 et 1959 (Roosevelt 631 - 9
renversements, Truman 250 - 12 renversements, Eisenhower 181 - 2
renversements).
4° Le privilège de
l'exécutif : le secret d’Etat
Le Président dispose
d'un moyen de défense face au Congrès et au pouvoir judiciaire : il peut réfuser de répondre à leur demande en invoquant le secret d'Etat.
Ce privilège de l'exécutif est constitutionnel mais ne peut être invoqué
pour dissimuler des preuves dans un procès criminel (United States v.
Richard Nixon, 1974).
IV. En matière militaire
1° Généralités
Le Président est
"commandant en chef des forces de terre et de mer des Etats-Unis, ainsi que
des milices des différents Etats, lorsqu'elles seront requises pour le
service des Etats-Unis" (Const., Art. II, sect. 2).
C'est lui qui propose au Congrès le budget militaire, qui nomme les
responsables militaires et contrôle les nombreuses administrations de
défense, qui veille à l'adoption et à l'exécution des lois militaires.
2° L'engagement des forces
armées
C'est le Président qui
décide de l'engagement des forces armées et de l'utilisation des moyens
(bombardement atomique au Japon en 1945, guerre de Corée en 1950 à la suite
d'un vote du Conseil de Sécurité de l'ONU, intervention à Cuba en 1961,
intervention au Vietnam avec bombardement massif à partir de 1965,
occupation de la Grenade en 1983, intervention à Panama en 1989, dans le
golfe arabo-persique en 1990, en Somalie en 1992, en Haïti en 1994).
Mais la déclaration formelle de guerre (cinq fois seulement : contre le
Royaume-Uni en 1812, contre le Mexique en 1846, contre l'Espagne en 1898,
pour la 1ère guerre mondiale en 1917 et la 2ème guerre mondiale en 1941) ou
l'autorisation d'utiliser durablement les forces armées (Golf, 1991) relève
de la compétence du Congrès.
3° Le War Powers Act
Le War Powers Act
du 24 octobre 1973 impose au Président de rendre compte dans les 48 heures
au Congrès de tout engagement militaire de longue durée et dispose, qu'à
moins d'une attaque contre les Etats-Unis, les troupes devront être retirées
dans les 60 jours (avec prolongation possible de 30 jours) si la guerre
n'est pas déclarée ou l'utilisation des forces armées autorisée.
Cependant l'intervention du Congrès n'est nécessaire que si les hostilités
sont imminentes et non pour tenir les troupes prêtes au combat, y compris en
dehors du territoire de l'Union.
Les opérations ponctuelles (Grenade 1983, Tripoli 1986) ne nécessitent donc
pas l'intervention du Congrès. Par contre le Congrès intervient pour les
opérations importantes : ainsi le Congrès, par une résolution du 13 janvier
1991 (52 voix contre 47 au Sénat, 250 voix contre 183 à la Chambre) a
autorisé le Président "à utiliser les forces armées des Etats-unis,
conformément à la résolution 678 du Conseil de Sécurité des Nations Unies"
contre l'Irak dans la guerre du Golfe.
Le Congrès est compétent pour voter le budget militaire, pour lever et
entretenir les armées, établir les réglements pour le commandement et la
discipline, mobiliser les milices.
V. En matière diplomatique
En principe les
pouvoirs sont constitutionnellement partagés entre le Président et le Sénat
:
- le Président accrédite les ambassadeurs américains et reçoit
l'accréditation des ambassadeurs étrangers, il négotie et ratifie les
traités (treaty making power);
- le Sénat donne son autorisation à la nomination des ambassadeurs et son
accord, à la majorité qualifiée des 2/3, à la conclusion des traités.
Mais le Président étant l'unique représentant de l'Union (1799, Chief
Justice Marshall) dans ses rapports avec les puissance étrangères, c'est
lui qui reconnaît ou non les gouvernements étrangers et qui étant le chef de
la diplomatie contrôle celle-ci par l'intermédiaire du Secrétaire d'Etat
chargé du State Department (ministère des affaires étrangères) et par
l'utilisation éventuelle de chargés de missions.
Le Président ayant, d'autre part, le pouvoir de signer des executive
agreements, accords en forme simplifiée ayant la même valeur juridique
que les traités (United States v. Belmont), ce qui le dispense de
l'accord du Sénat à la majorité qualifiée, dispose d'un large pouvoir
discrétionnaire pour mener sa diplomatie (acquisition de la Louisiane par
Jefferson en 1803, annexion du Texas en 1845, annexion de Hawaï en 1898 ; en
1845 et 1898 le Congrès a donné son accord à la majorité simple).
VI. En matière
administrative
En tant que Chef de
l'Administration fédérale le Président des Etats-Unis dispose du pouvoir de
nommer, avec l'accord du Sénat, les agents fédéraux (Const. Art. II,
Sect.2), et de les révoquer sous la réserve de respecter les règles du civil
service (fonction publique) et par exception avec l'accord du Sénat.
Sur habilitation du Congrès le Président est chargé de la permanente
réorganisation de l'administration fédérale si c'est le Congrès qui est
compétent pour légiférer sur l'organisation administrative elle-même :
création de nouvelles administrations, d'agences exécutives et de
commissions fédérales autonomes - les mesures d'application relevant de la
Présidence.
Son pouvoir réglementaire est considérable :
- il dispose évidemment du pouvoir réglementaire d'application des lois
(Const. Art. II, Sect.3) ;
- mais, par extension coutumière, il dispose en plus d'un pouvoir
réglementaire autonome très important (executive orders, executive
agreements, proclamations) ;
- et sur habilitation du Congrès, qui peut être permanente, il peut disposer
de pouvoirs spéciaux en temps de guerre ou de crise ; la Cour Suprême
considère que l'habilitation est constitutionnelle, qui s'analyse comme
étant une extension de la compétence présidentielle d'exécution des lois, si
elle fixe les critères et les limites de l'action présidentielle (United
States v. Rock Royal Cooperative, 1939).
D/ L'organisation de la
Présidence
C'est seulement en
1857 qu'un secrétariat à la présidence est créé, qui est à l'origine du
White House Office, le cabinet politique de la présidence, qui compte
aujourd'hui plus de six cents "conseillers".
En 1939 a été créé l'Executive Office of the President (EOP) qui
comprend un certain nombre d'organes administratifs, chargés, notamment, de
préparer les dossiers techniques, parmi lesquels l'on peut citer : le
Council of Economic Advisers (Bureau des conseillers économiques -
1946), le Conseil National de Sécurité (National Security Council -
1947), la Central Intelligence Agency (CIA - 1947), l'Office of
Management and Budget (1921/1939/1970), le Conseil de l'Environnement
(1969), le Bureau de la Science et de la Technologie (1976), le Bureau de la
Politique Intérieure (1977). L'Executive Office emploie plus de 5 000
agents.
Section 3. L'Etat de Droit
libéral
Il y a Etat de Droit
lorsqu'un Etat soumet son action à des normes (règles) juridiques internes
de valeur constitutionnelle, normes acceptées comme étant supérieures aux
autres normes juridiques positives internes hiérarchiquement organisées,
normes constitutionnelles internes qui sont elles-mêmes subordonnées aux
normes de valeur supranationale.
Les Etats-Unis sont un Etat de Droit, un Etat qui soumet la hiérarchie de
ses normes juridiques internes aux normes juridiques supranationales,
internationales (notamment de l'ONU) et interaméricaines (notamment de
l'Organisation des Etats Américains) .
L'Union est un Etat de Droit libéral car les principes fondamentaux de son
organisation constitutionnelle relève de la philosophie politique libérale,
philosophie héritée de la Grande-Bretagne.
La Constitution des Etats-Unis est la Loi suprême qui s'impose en principe
aux autorités publiques comme aux particuliers, soit indirectement au
travers du système judiciaire américain, soit directement grâce à l'action
de la Cour Suprême, qui doivent veiller notamment à ce que le Bill of Rights
et les autres droits fondamentaux soient respecter.
§ 1. Le système judiciaire
américain
Il est complexe du
fait de l'existence d'un fédéralisme dualiste qui accorde aux Etats fédérés
les compétences de droit commun et à l'Etat fédéral des compétences
d'attribution.
D'autre part la philosophie politique dominante, le libéralisme politique et
économique, favorise le développement d'un pluralisme institutionnel dans
l'organisation judiciaire des Etats fédérés même si l'uniformisation est
portée par l'organisation judiciaire de l'Etat fédéral.
A/ L'organisation
judiciaire des Etats fédérés
Plus de 90% des
affaires contentieuses sont portées devant les juridictions fédérées.
Or chaque Etat fédéré organise librement, sauf à respecter la Constitution
et la Législation fédérales, son système judiciaire, fort heureusement selon
des principes communs ce qui permet de les classifier.
I. Les Tribunaux du Premier
degré (Trial Courts)
1° Organisation et
compétence
Ce sont des tribunaux
de droit commun, portant des noms variés (district courts, circuit
courts, court of common pleas en Pennsylvanie, superiour
courts en Californie, supreme court dans l'Etat de New York), à
juge unique, qui ont sauf exceptions (compétence exclusive des tribunaux
fédéraux, tribunaux d'exception compétents en matière de droit de la
famille, de divorce, de succession) une compétence générale en matière
civile et pénale. Toutefois il faut dire que 90% des affaires civiles et
pénales sont réglées dans la phase préliminaire d'un procès, par marchandage
entre les avocats et/ou l'attorney (procureur).
Dans la plupart des Etats, à un niveau inférieur aux Trial Courts,
existent des tribunaux spécialisés, compétents en fonction de la nature de
l'affaire et du montant du litige, qui portent des noms également variés (magistrate
courts, municipal courts, traffic courts, police courts,
small claims courts ...).
2° Les juries
La procédure se
caractérise notamment par l'existence des juries, le grand jury
et le trial jury ou petit jury.
a. Le jury
Tout citoyen américain
en âge de voter peut en principe être juré, mais peut demander au juge à
être exempté de l'obligation de servir. Les condamnés à des peines de prison
d'un an au moins, les policiers, les juristes, les médecins, les membres du
clergé, notamment, sont dispensés.
Les jurés sont choisis de façon impartial sur les listes électorales. Au
procès, lors de la constitution du jury, les avocats peuvent récuser
certains jurés, même sans raison mais pour un nombre limité (peremptory
challenge).
b. Le grand jury
Son existence fédérale
est constitutionnelle (Vème Amendement, 1791), mais la procédure du grand
jury est devenue exceptionnelle pour les Etats fédérés (par exemple la
Louisiane fait toujours usage du grand jury). Le grand jury fédéral est
composé de 23 jurés, la majorité de 12 est requise pour décider de
poursuivre.
Le grand jury n'intervient qu'en matière criminelle. Sa fonction est de
décider de renvoyer ou non l'inculpé devant le tribunal.
Il fonctionne sous l'autorité du ministère public (district attorney
pour les Etats, attorney general pour l'Etat fédéral). L'inculpé n'a pas un
droit constitutionnel à comparaître lui-même devant le grand jury et quand
il comparaît, sauf exceptions comme à New York, il n'a pas le droit à
l'assistance d'un avocat ni ne peut se défendre lui-même, et seuls les
témoins de l'accusation sont entendus sans pouvoir être questionnés par
l'inculpé.
Après délibérations secrètes le grand jury peut décider de poursuivre (true
bill ou indictment) ou non, faute de preuves suffisantes (no
bill ou ignoramus).
c. Le trial jury
Son existence fédérale
est constitutionnelle (VIème Amendement (1791) pour le pénal et VIIème
Amendement (1791) pour le civil).
Les juries d'Etat peuvent être composés de moins de 12 membres, et
même de moins de 6 en matière civile ; alors que les juries fédéraux sont
composés de 12 membres en matière pénale et de 6 ou 12 en matière civile.
Les verdicts des juries d'Etat sont prononcés en matière pénale soit
à l'unanimité soit à la majorité des 3/4, en matière civile la majorité des
3/4 est le plus souvent suffisante ; alors que les juries fédéraux se
prononcent toujours à l'unanimité.
Le jury siège en banc pendant toute la durée du procès. Les jurés ne
peuvent ni prendre de notes, sauf exceptions, ni entendre la radio, ni
regarder la télévision, ni lire la presse, ni discuter du procès avec
quiconque, et si le procès dure plus d'une journée ils sont "séquestré" dans
un hôtel.
A l'issue du procès le jury se retire pour délibérer sur les faits et
rendre son verdict. Le juge prononce ensuite son jugement de droit en
conformité avec le verdict sur les faits du jury. Exceptionnellement le juge
peut prononcer un jugement de droit en contradiction avec le verdict du
jury. Si le jury est incapable de se prononcer le juge le renvoie (hung
jury) et réinscrit l'affaire au rôle du tribunal.
II. Les Cours d'Appel
Elles n'existent que
dans les 3/4 des Etats fédérés. La plupart des Etats fédérés qui en sont
pourvus n'ont qu'une Cour d'Appel (14 au Texas, 5 en Louisiane, 5 en
Floride). Elles sont composées de 3 à 9 juges qui siègent collégialement.
La Cour d'Appel n'est pas un deuxième degré de juridiction, elle se prononce
sur la valeur juridique du jugement du tribunal inférieur qui est porté
devant elle. Elle peut infirmer ce jugement ou l'annuler et renvoyer
l'affaire devant le trial judge, ou le confirmer en rejetant l'appel.
III. Les Cours Suprêmes
Au sommet de l'ordre
judiciaire de chaque Etat fédérée se trouve une Cour supérieure qui juge en
dernier ressort (ou deux comme au Texas, une Cour Suprême pour les affaires
civiles et une Cour Suprême pour les affaires criminelles).
Portant généralement le titre de Supreme Court ou Supreme Judicial
Court (Courts of Appeals dans l'Etat de New York) la Cour
supérieure comprend 5, 7 ou 9 juges, qui siègent collégialement et sont
chargés de dire le droit fédéré.
IV. Nomination et
qualification des juges fédérés
Sauf exceptions les
juges fédérés ne sont pas des professionnels.
Ils sont installés, soit pour 2, 4, 6, 12 ans ou à vie, à la suite d'une
nomination politique du Gouverneur de l'Etat, d'une élection politique ou
d'une cooptation (Alaska, Louisiane).
Leur qualification est variable selon la nature du tribunal. Dans une
Trial Court le juge peut ne pas être un juriste de formation. Par
ailleurs les traitements des juges fédérés sont inférieurs à la rémunération
moyenne d'un avocat peu expérimenté...
B/ L'organisation
judiciaire de l'Etat fédéral
I. Les tribunaux fédéraux :
La répartition des compétences
Les tribunaux
fédéraux, créés et/ou organisés par le Judiciary Act de 1789, le
Removal Act de 1875, l'Act de 1891, le Judicial Code de
1911, ont une compétence exclusive en matière fédérale et une compétence
concurrente avec les Etats fédérés.
De nombreuses affaires peuvent être portées soit devant un tribunal fédéré
soit devant un tribunal fédéral, par exemple une affaire de plus de X 000
dollars concernant deux citoyens d'Etats différents. Par ailleurs pour de
nombreuses affaires fédérales les tribunaux d'Etat peuvent être compétents
et les tribunaux fédéraux doivent appliquer le droit des Etats lorsque ce
droit est en cause (Erie Railroad Co. v. Tompkins, 1938). La
complexité de cette organisation ainsi que les subtilités des procédures
rendent indispensable pour les justiciables le recours aux avocats; recours
couteux donc rémunérateur pour les professionels...
II. Les Cours de district
Il existe au moins une
Cour de district par Etat (94 au total - Texas 4, Californie 4, Etat de New
York 4) ayant un ou plusieurs juges.
La Cour de district a une compétente générale au civil et au pénal mais les
affaires civiles sont sept fois plus nombreuses (peu de crimes et délits
fédéraux).
La Cour de district est également compétente en droit public : droit
international, droit administratif, et pour les conflits entre citoyens
d'Etat différents au-delà d'une certaine somme et même si le droit fédéré
est en cause.
III. Les Cours fédérales
d'Appel
Le territoire fédéral
est divisé en douze circuits d'appel, chaque circuit, qui couvre entre 3 et
9 Etats, relève d'une Cour d'Appel ayant entre 6 et 24 juges.
Chaque Cour d'Appel est compétente pour juger des appels des jugements des
tribunaux de district de sa circonscription ainsi que des décisions de
certaines administrations fédérales (par exemple du National Labor
Relations Board).
Un treizième circuit couvre l'intégralité du territoire avec une Cour
d'Appel siégeant à Washington et ayant 12 juges. Elle est compétente en
matière de brevets ainsi que pour les jugements des tribunaux spéciaux (par
exemple U.S. Court of International Trade).
Les Cours fédérales d'Appel se prononcent souvent en dernier ressort, la
procédure limitant les possibilité d'accès à la Cour Suprême.
IV. Les tribunaux spéciaux
Un certains nombre de
tribunaux spéciaux existent qui ont une compétence d'attribution.
La U.S. Court of International Trade, siégeant normalement à New
York, est compétente pour les affaires douanières.
La U.S. Tax Court est compétente en matière d'impôts fédéraux.
Comprenant 19 juges elle est itinérante et ses jugements peuvent être portés
en appel devant la Cour d'Appel de circuit territorialement compétente.
La U.S. Claims Court siège à Washington et est compétente pour juger
des actions non délictuelles intentées contre l'Etat fédéral. Les appels
sont portés devant la Cour Suprême.
La U.S. Court of Military Appeals, composée de juges civils, est
compétente pour apprécier la validité juridique des jugements des tribunaux
militaires et des cours martiales.
V. Nomination et
qualification des juges fédéraux
Les juges des Cours de
district et des Cours d'Appel, ainsi que ceux de l'U.S. Court of
International Trade, sont des magistrats professionnels nommés à vie par le
Président des Etats-Unis avec l'approbation du Sénat, qui ne peuvent être
révoqués que par la procédure de l'impeachment. Leurs traitements, garantis
constitutionnellement, sont corrects.
Les juges des tribunaux spéciaux, sauf ceux de l'U.S. CIT, sont
nommés selon la même procédure mais ils n'exercent leurs fonctions que de 4
à 5 ans et leurs traitements ne sont pas garantis constitutionnellement.
Les juges fédéraux doivent posséder le Juris Doctor et être soutenus dans
leur candidature par des barreaux d'avocats et les Sénateurs et
Représentants du parti majoritaire.
Au sommet de l’ordre judiciaire de l’Etat fédéral se situe la Cour Suprême
des Etats-Unis.
§ 2. La Cour Suprême des
Etats-Unis (Supreme Court)
A/ Sa composition
Le nombre des juges de
la Cour a varié de 6 à 10 depuis 1789. Il est actuellement de 9. Ils sont
nommés par le Président des Etats-unis avec l'accord du Sénat, qui soumet
les candidats au contrôle rigoureux, politique et moral, d'une de ses
commissions. Une fois nommé le magistrat est inamovible, il peut
démissionner mais il ne peut être révoqué que par l'impeachment.
La Cour comprend un Président, le Chief Justice of the United States,
qui est nommé par le Président avec l'accord du Sénat et qui est
protocolairement le deuxième personnage de l'Etat fédéral avant le
vice-Président, et huit magistrats conseillers (Associate Justices).
B/ Son fonctionnement
La Cour Suprême siège
à Washington. Elle dispose d'un important secrétariat et de collaborateurs (law
clerks) recrutés parmi les meilleurs diplômés des meilleures Facultés de
Droit.
L'année judiciaire s'étend de début octobre à juillet mais la Cour peut se
réunir en session spéciale. Les audiences publiques se déroulent sur deux
semaines, suivis de plusieurs semaines de recherches. Lors de la séance non
publique consacrée aux débats l'opinion majoritaire doit être arrêtée par 5
Justices au moins. Le jugement de la Cour est alors rédigé par le
Chief Justice ou un juge désigné par lui, mais chaque Justice
peut rédiger sa propre opinion, qu'elle aille dans le sens de la majorité (concurring
opinion) ou qu'elle soit dissidente (dissenting opinion). Les
arrêts sont rendus et lus en audience publique et publiés ultérieurement.
C/ La Cour Suprême
juridiction de première instance et juridiction d'appel
I. Juriction de première
instance
Sa compétence est
réduite aux conflits qui opposent les Etats fédérés concernant leurs
frontières, l'allocation des eaux d'une rivière ou la distribution des
redevances pétrolières.
II. Juridiction d'appel
La Cour Suprême peut
être saisie selon trois procédures différentes :
- par la procédure de certification une Cour inférieure peut demander
à la Cour de répondre à une question de droit ; cette procédure est très
rarement utilisée ;
- par la procédure du writ of appeal la partie perdante, devant une
Cour fédérale d'appel ou une Cour Suprême d'Etat qui a déclaré
inconstitutionnelle une loi fédérale ou une loi locale, ou devant une Cour
d'Etat qui a déclaré que la Constitution ou une loi de cet Etat l'emporte
sur une disposition législative fédérale ou un traité, peut faire appel à la
Cour Suprême ;
- par la procédure du writ of certiorari, lorsque l'appel est
impossible, la partie perdante peut demander à la Cour Suprême d'évoquer
l'affaire devant elle.
L'acceptation de l'appel ou du certatiori est prise par 4 juges au
moins. Lorsque l'affaire est juger au fond la décision doit être prise par 6
juges au moins, décision qui confirme le jugement (affirmed),
l'infirme (reversed) ou renvoie devant le tribunal compétent pour
statuer dans le sens qu'elle indique (reversed and remanded).
D) La Cour Suprême juge
constitutionnel
La Cour Suprême s'est
accordé le pouvoir de prononcer l'inconstitutionnalité d'une loi fédérale en
1803 par le célèbre arrêt Marbury v. Madison, sous la présidence du
Chief Justice John Marshall.
En conséquence elle est également compétente pour apprécier la
constitutionnalité des lois des Etats par rapport à la Constitution fédérale
et/ou à la législation fédérale (Gibbons v. Ogden, 1824).
De fait la Cour Suprême déclare comme étant contraire à la Constitution
fédérale 7 fois plus de lois fédérées que de lois fédérales.
Par ailleurs son contrôle de constitutionnalité n'est pas général, seules
certaines dispositions de la Constitution sont utilisées.
La Cour Suprême est évidemment compétente pour apprécier la validité des
actes administratifs fédéraux par rapport à la Constitution et par rapport
aux lois fédérales.
La saisine la plus couramment utilisée contre n'importe quelle loi en
vigueur est celle de l'exception d'inconstitutionnalité, qui peut être
soulevée par toute partie au cours d'un procès (procédure toujours
impossible actuellement en France) et qui aboutit à ce que la loi ne sera
pas appliquée au cas d'espèce si son inconstitutionnalitée est reconnue par
le juge saisi. Si l'affaire remonte jusqu'à la Cour Suprême, qui prononce
l'inconstitutionnalité, celle-ci, de fait, sera d'application générale.
Mais la question de constitutionnalité peut être posée avant qu'il ne soit
débattu de la question au fond, qui peut aboutir à une déclaration
d'inconstitutionnalité qui a également pour effet de rendre la loi
inapplicable à tous.
Selon certains commentateurs la place de la Cour Suprême dans le système
constitutionnel américain permettrait de dire que les Etats-Unis connaissent
un "gouvernement des juges" (la formule a été utilisée pour la première fois
par le français Edouard Lambert en 1921). Le mot a eu beaucoup de succès
mais n'est qu'un mot : lorsque la Cour Suprême rend une décision qui semble
positive aux républicains elle déplaît aux démocrates, et réciproquement ;
la critique est le plus souvent de nature politicienne.
§ 3. Le Bill of Rights
et les autres droits fondamentaux
Le Bill of Rights
est constitué des dix premiers amendements à la Constitution, adoptés en
1791 sur la proposition de James Madison pour rassurer les anti-fédéralistes
et qui sont destinés à limiter les pouvoirs de l'Union par rapport aux Etats
fédérés.
Toutefois le IXème Amendement dispose que l'énumération constitutionnelle
des droits laisse intacts les "autres droits conservés par le Peuple".
Et la Section 1 du XIVème Amendement de 1868 oblige les Etats fédérés à
respecter le Bill of Rights et "l'égale protection des lois" pour
tous. Sa rédaction embrouillée est interprétée comme affirmant l'existence
au dessus du droit positif de droits naturels inaliénables (clause de due
process of law).
Les principaux droits fondamentaux, en plus du droit de propriété privée qui
est le fondement même de la Société américaine, sont la liberté de parole
(opinion) et d’expression (Const. Amendement I, 1791), la liberté de
religion (Const. Amendement I, 1791), le droit à la vie privée, le principe
d'égalité (égale protection des lois, c’est à dire non-discrimination).
La protection constitutionnelle du droit à la libre expression a été étendue
à Internet par la Cour suprême le 26 juin 1997 dans l'affaire Reno versus
ACLU : le Communication Decency Act, qui limitait la diffusion
sur le net des textes et images dits "indécents" ou "manifestement
choquants", qui introduisait la censure sur la toile, a été déclaré non
conforme au premier amendement.
Section 4. Le bipartisme
souple et les groupes de pression
Le système
constitutionnel américain, depuis plus d'un siècle, connaît l'alternance
politique de deux grands partis à l'origine très décentralisées : le parti
républicain et le parti démocrate.
L'un et l'autre sont soumis aux constantes pressions des pressure groups.
§ 1. Le bipartisme
américain
L'origine du
bipartisme américain est historique. Son rôle est essentiel dans le
fonctionnement des institutions, qui bien qu'utilitaire n'en est pas moins
idéologique à l'intérieur du système libéral.
A/ Origine historique et
évolution
Deux tendances
politiques s'opposent fermement à la naissance de l'Union : la tendance
fédéraliste (loose constructionists) et la tendance anti-fédéraliste
(strict constructionists). Les fédéralistes (James Madison, Alexander
Hamilton) sont pour un gouvernement fédéral fort alors que les
anti-fédéralistes (Thomas Jefferson, Dewitt Clinton) défendent la
"souveraineté" des Etats fédérés.
En 1792 l'anti-fédéraliste Thomas Jefferson fonde le parti
républicain-démocrate qui deviendra le parti démocrate.
L'actuel parti républicain est fondé en 1854, qui est une coalition avec
comme tendances principales l'anti-esclavagisme et un certain nationalisme,
qui est dominant dans le Nord et le Middle West.
Le républicain Abraham Lincoln est élu Président de l'Union en 1860 et du
fait de la victoire du Nord sur le Sud dans la Civil War (guerre de
Sécession, 1861-1865) le parti républicain conserve la Présidence jusqu'en
1932 sauf deux exceptions : Stephen Grover Cleveland, 1884-1888, 1892-1896,
et Thomas Woodrow Wilson, 1912-1920.
La grande crise économique déclenchée par l'effondrement boursier de 1929 va
permettre au parti démocrate de devenir un parti de gouvernement au niveau
fédéral.
En 1932 le démocrate Franklin Delano Roosevelt lance la politique du New
Deal, une politique néo-libérale interventionniste s'inspirant de la théorie
économique de l'anglais John Maynard Keynes. Les démocrates conserveront la
Présidence jusqu'à l'élection du général Dwight David Eisenhower
(1952-1960), dont la candidature avait également été sollicitée par les
démocrates.
Le parti démocrate relance la politique social-démocrate modérée du New Deal
avec le premier catholique élu à la Présidence, en 1960, John Fitzgerald
Kennedy, assassiné à Dallas en 1962, qui est remplacé par le
vice-Président Lyndon Baines Johnson lui-même élu Président en 1964.
De 1968 à 1992 le parti républicain détient la Présidence, sauf entre 1976
et 1980 (Jimmy Carter) avec Richard Nixon (1968-1974), Gerald Ford
(1974-1976), Ronald Reagan (1980-1988), George Bush (1988-1992).
Le démocrate (baptiste) William Jefferson (dit Bill) Clinton est élu contre
le républicain George Bush en 1992. Il est réélu en 1996 contre le
républicain Bob Dole.
En 2000 le conservateur George W. Bush (méthodiste, fils de George Bush)
l'emporte difficilement, gràce à l'Etat de Floride dirigé par son frère,
sur le candidat démocrate Al Gore.
En 2004 George W. Bush est réélu facilement face au démocrate John Kerry
(51,1 % des suffrages exprimés, 274 grands électeurs).
Les démocrates ont été
majoritaires à la Chambre des Représentants et au Sénat de 1954 à 1994 (sauf
pour le Sénat entre 1980 et 1988).
Les élections de 1994 ont permis au parti républicain dominé par les
ultra-conservatives (ultra-libéraux au sens européen, partisans de l’Etat-minimum)
d’avoir une large majorité au Sénat (53 sièges sur 100) et à la Chambre des
Représentants (235 contre 197 et 1 indépendant).
Les élections de 1996 ont confirmé la domination républicaine (55 sénateurs,
224 représentants).
Les élections de 2000 permettent le maintien des républicains à la chambre
des représentants (221 représentants) mais ils n'ont que 49 sénateurs sur
100.
Aux élections de 2002 la réaction patriotique, suite aux attentats
islamistes, permet aux républicains de contrÔler les deux chambres (51
sièges au Sénat, 227 à la Chambre des représentants).
Aux élections de 2004 les républicains confortent leur position majoritaire.
Bien que les partis
américains ne soient pas des partis idéologiques au sens où on l'entend
parfois en France des différences idéologiques existent bien entre le parti
démocrate qui est traditionnellement le parti des minorités sociologiques,
catholique, juive, noire (sauf dans le Sud), hispanique, des
syndicats et des lower middle classes alors que le parti républicain
est le parti des whasps (whites, anglo-saxons, protestants),
des entrepreneurs et de la upper class. Même si, pour des raisons
électoralistes évidentes, les deux partis essaient de séduire la masse des
classes moyennes, il y a autant de différences idéologiques entre l'aile
gauche (liberals) du parti démocrates et l'aile droite du parti
républicain (ultra-conservatives) qu'entre le Parti socialiste
(social-démocrate) et le Front national en France.
C'est le Parti démocrate
qui est en principe le parti de l'égalité raciale (sauf dans le sud), du
libéralisme en matière de moeurs, de la politique d’intervention sociale
depuis le New Deal de Franklin Delano Roosevelt et encore, en
théorie, aujourd'hui.
C'est le parti républicain
qui est en principe le parti de l'ordre et de l’initiative individuelle, qui
entend que les Etats-unis assument pleinement leur rôle de première
puissance mondiale, y compris par les armes (par exemple au Vietnam de
1964 à 1975), évidemment dans leurs intérêts supposés, mais le parti
démocrate peut également utiliser la force physique même si les pressions
économiques (embargo) lui conviennent aussi parfaitement bien.
L'effondrement des systèmes
socialistes, à partir de 1989, a accru considérablement les possibilités
d'action des Etats-Unis, plus ou moins au nom officiel des "droits de
l'homme" (l'intervention dans le Golfe arabo-persique en 1990-1991, sous la
couverture légitimante de l'ONU, les interventions en Europe, Bosnie
(1992-1995), Kosovo (1999), Serbie (2000) sous la couverture
légitimante de l'Otan pour le Kosovo, Mrs Madeleine Albright jouant
un rôle interventionniste très actif).
L'attentat islamiste du
11 septembre 2001 contre les deux tours du World Center, centre
financier des Etats-Unis, donc du monde, a suscité une réaction patriotique
particulièrement intense et unanime des américains, toutes tendances
politiques officielles confondues, ce qui a permis au président George W.
Bush d'être légitimé totalement, en dépit de sa difficile élection, et de
promouvoir une vigoureuse politique étrangère contre le terrorisme,
et pour soutenir la politique israëlienne Ariel Sharon.
C'est cette réaction patriotique qui permet à George W. Bush d'obtenir aux
élections du 5 novembre 2002 (mid-term) la majorité au Sénat en plus
de celle de la Chambre des représentants, malgré l'intervention remarquée de
l'ancien président Bill Clinton en faveur des démocrates.
Et c'est encore cette réaction patriotique des middle classes qui
craignent les attentats terroristes dont les menace Ben Laden qui fait le
net succès de George W. Bush à la présidentielle de 2004.
----
L'élection présidentielle
du mardi 7 novembre 2000 restera dans l'histoire constitutionnelle
américaine.
Tout d'abord tous les records financiers sont battus : la campagne aurait
coûtée la modique somme de trois milliards de dollars, financés par des
entreprises et des personnes qui entendent en être "remerciés".
Ensuite dans la nuit du 7 au 8 novembre le candidat démocrate M. Al Gore,
vice président de M. William (dit Bill) Clinton, arrive en tête des
suffrages exprimées avec, semble-t-il, 192 638 voix d'avance, alors que le
candidat républicain M. George W(alter) Bush est proclamé vainqueur pour
avoir plus de 270 grands électeurs. Le candidat Al Gore le félicite, ainsi
que le président français Jacques Chirac, puis l'on remet en cause sa
victoire à cause des résultats contestés de la Floride (25 grands
électeurs). Mr George W. Bush, dont le frère Jeb Bush est gouverneur de la
Floride depuis 1998, aurait 20 000 voix estimées d'avance sur Al Gore en
Floride, puis 1700 voix comptées, puis après décomptage le 9 novembre 795
voix ... puis 327 voix le 10 novembre ... puis 300 le 14 novembre ... puis
930 le 18 novembre, après le dépouillement des votes par correspondance.
Le 21 novembre 2000, la Cour suprême de Floride, composée de 6 démocrates
sur 7 juges, étant saisie, décide de laisser poursuivre le comptage manuel à
condition que les résultats soient communiqués le 27 novembre. Gore dit que
c'est juste, et Bush fait savoir ... que c'est injuste. Le candidat
républicain fait appel devant la Cour suprême des États-Unis pour obtenir la
fin des opérations électorales en Floride. Le camp de Bush souligne que les
décomptes manuels n'ont lieu que dans quelques comtés sélectionnés par les
démocrates et que cela est contraire à la Constitution. La Cour suprême
déclare le recours recevable.
Le 27 novembre les résultats officiels de Floride sont annoncés : George W.
Bush devance Al Gore de 537 voix. Le vaincu décide de contester ce résultat
en justice.
Le 8 décembre 2000 la Cour suprême de Floride, à majorité démocrate, par 4
voix contre trois, donne l'ordre de recompter 45 000 bulletins enregistrés
comme blancs par les machines à dépouiller. Le lendemenain, 9 décembre, la
Cour suprême des Etats-Unis, à majorité républicaine, par cinq voix contre
quatre, décide en référé de suspendre les décomptes ...
Le 12 décembre 2000 la Cour suprême des Etats-Unis refuse les nouveaux
décomptes en Floride (de fait par cinq voix contre quatre).
Le 13 décembre Al Gore reconnaît la victoire de George W. Bush.
Le Congrès reste sous le
contrôle des républicains.
Le 16 décembre 2000 le général Colin Powell, un "héros" de la guerre du
Golfe contre l'Irak, est nommé secrétaire d'Etat, en charge des affaires
étrangères : une double signification (?), Mr. Powell est noir, or la
communauté noire vote démocrate, et c'est un militaire, qui devient le
responsable de la diplomatie américaine (?) ... Il sera "soutenu",
fermement, par la conseillère pour la politique étrangère et de sécurité
(Conseil national de sécurité), Mrs Condeleezza Rice, une
universitaire noire issue de l'Alabama, spécialiste de la Russie, qui eut
pour professeur de relations internationales le père de Mrs Madeleine
Albright, secrétaire d'Etat de William Clinton, le professeur Korbel.
Selon les analyses des
spécialistes la répartition des sièges se serait faite de la manière
suivante : l'amérique masculine pour Bush (54%), l'amérique féminine pour
Gore (54%), l'amérique des blancs pour Bush (54%), l'amérique des minorités
pour Gore (noirs 90%, juifs 79%, latinos 60%), les électeurs détenant une
arme à feu pour Bush (61%), l'amérique rurale et des petites villes pour
Bush, l'amérique des grandes villes pour Gore, le sud et les petits Etats
pour Bush, les grands Etats du Nord-Est pour Gore, les syndiqués (62%) et la
NAACP, le groupe de pression des noirs, pour Gore, la Christian coalition
pour Bush, les catholiques sont partagés (50/50).
En définitive, selon les Archives nationales, Mr Al Gore aurait obtenu 50
994 082 suffrages exprimés et MR Georges W. Bush 50 461 080 voix, soit une
différence de 533 002 voix (?).
-----
Avant de quitter le
pouvoir, William Jefferson Blythe [son père meurt trois mois avant sa
naissance en 1946, et il est adopté en 1950 par le nouvel époux de sa mère,
Roger Clinton. Ils s'installent à Hot Springs, capitale, dans l'Arkansas, du
jeu, du vice sous toutes ses formes, et de la mafia ... En 1976 William est
élu ministre de la Justice de l'Arkansas et élu Gouverneur en 1978 ...], dit
Bill Clinton, baptiste pratiquant, invoque une dernière fois Dieu, et
accorde sa gràce présidentielle à 130 délinquants, dont son demi-frère
Roger, condamné pour détention de drogue ... et le milliardaire juif
Marc Rich (le bien nommé ?) réfugié en Suisse depuis 17 ans pour
échapper aux poursuites judicaires dont il fait l'objet aux Usa pour évasion
fiscale et commerce avec l'ennemi, mais dont l'ancienne épouse, Denise Rich,
a versé 1,1 million de dollars aux Clinton pour leurs campagnes électorales.
Une confirmation que le dit Bill est un excellent politicien américain,
c'est à dire un remarquable faux-cul ...
Début février 2001 l'ancien président s'installe au coeur de Manhattan, dans
des bureaux situés au 56ème étage d'un immeuble ayant vue sur Central Park
et le fleuve Hudson, loués pour 650 000 dollars, payés par les contribuables
américains, une somme légèrement supérieure aux 624 000 dollars payés par
les dits contribuables pour les bureaux des quatre autres anciens présidents
encore vivants (Ford, Carter, Reagan, Bush). Face au scandale l'ancien
président réagit rapidement, il décide de s'installer à Harlem, avec une
égale belle vue, pour 200 000 dollars seulement, les noirs lui font un
triomphe ...
------
Mal élu en 2000, et
maladroit au début de son mandat, le président George W. Bush va bénéficier
de l'unanime vague patriotique qui déferle sur les Etats-Unis après les
attentats islamistes du 11 septembre 2001. Ses conseillers de la droite
ultra-chrétienne réformée l'engage dans une croisade du Bien
(l'Amérique) contre le Mal (Bin Laden, Saddam Hussein ...).
L'opposition de la France à la guerre contre l'Irak est considérée par la
masse des électeurs américains comme une trahision, qu'il faudra faire
payer cher aux français, la presse populaire donne des conseils dans ce
sens ...
B/ Organisation et
fonctionnement
Dans les Etats qui
connaissent les primaires fermées l'adhésion à un parti résulte en principe
de l'indication qui est faite par l'électeur lors de l'inscription sur les
listes électorales, ce qui permet notamment de participer aux primaires. De
fait les partis américains ne sont pas des partis de masses mais des partis
de comités dans lesquels les personnalités (bosses) jouent un rôle
important.
Au niveau local l'unité de base des partis est le precinct dirigé par
le precinct committeeman ou captain, militant parfois professionnel
généralement élu, qui est chargé de la propagande (convassing).
Au niveau intermédiaire des comtés et des villes le parti est théoriquement
dirigé par un Comité et son président mais les élus du parti, le président
pouvant l'être, jouent un rôle prépondérant.
Au niveau de l'Etat fédéré les partis sont dirigés par un Comité central (State
central committee) avec son président qui est chargé de coordonner
l'action des unités de base (grass-roots units), mais qui n'est pas
nécessairement le personnage du parti le plus important dans l'Etat, s'il
n'est pas en même temps Sénateur ou Gouverneur, par exemple.
Au niveau de l'Union les partis sont en principe dirigés par un Comité
national (National committee) qui comprend des membres de droit et
des membres qui sont élus tous les quatre ans par les délégués de la
Convention nationale qui se réunit pour choisir le ticket présidentiel. Le
Comité national est théoriquement dirigé par le Président du parti, qu'il
élit mais qui est en fait coopté par les grands leaders avec une influence
prépondérante du Président des Etats-Unis et/ou des Sénateurs les plus
importants.
Depuis quelques années ont assiste à un renforcement des pouvoirs de
direction des Comités nationaux mais c'est toujours la souplesse qui
caractérise l'organisation des partis américains.
Cette souplesse est encore plus évidente pour ce qui est du comportement des
élus, locaux, fédérés, fédéraux, qui jouent un jeu politique personnel très
médiatisé.
C'est cette souplesse partisane qui permet, par exemple, au Président des
Etats-Unis de gouverner sans trop de difficultés alors qu'il ne dispose pas
d'une majorité au Congrès.
C/ Primaires et caucus
Une des fonctions des
partis politiques américains est de désigner des candidats pour les
élections à tous les niveaux, y compris pour un grand nombre de
"fonctionnaires". Les élections les plus importantes sont évidemment les
élections présidentielles et les élections au Congrès.
Historiquement c'est la technique du caucus, la plus favorable aux
bosses des partis, qui fut la première utilisée. La technique des
primaires fut d'abord utilisée dans les Etats du Sud par le parti démocrate,
en position dominante, pour faire élire les candidats blancs, puis largement
étendue ; elle est aujourd'hui quasi générale pour les élections au Congrès
mais encore limitée à une minorité d'Etats pour les présidentielles.
Le caucus est réservé aux membres d'un parti qui désignent au niveau
local (precinct) des délégués pour la Convention du comté, qui
élisent des délégués à la Convention de l'Etat, qui élisent les délégués
pour la Convention nationale.
La technique des primaires est très complexe et peut variée d'une élection à
l'autre en fonction des intérêts des Etats-majors des partis. Ainsi le parti
démocrate a revu sa procédure après la désignation (puis l'élection) de
Jymmy Carter qui n'était pas souhaitée par les bosses.
On distingue essentiellement les primaires ouvertes, qui permettent à tous
les électeurs qui le souhaitent de choisir leur candidat sur la liste d'un
parti, des primaires fermées (la moitié des Etats pour le Congrès) qui sont
réservés aux adhérents d'un parti - inscrits sur les listes électorales
comme tels ou ayant fait une déclaration d'intention de vote pour ce parti (sworm
statement).
§ 2. Les groupes de
pression
Il existe aux
Etats-Unis un nombre considérable de pressure groups, du niveau local
au niveau fédéral, que leurs pressions soient politiques, morales ou
économiques.
Les groupes de pression les plus puissants, parce que les plus riches, sont
évidemment les groupes professionnels de l'agriculture et de l'industrie
ainsi que les syndicats ouvriers.
Les groupes font pression en agissant à la fois sur l'opinion publique, sur
les partis et sur les gouvernants.
Les sommes dépensées par l'intermédiaire des médias pour influencer
l'opinion sont considérables.
Celles qui sont utilisées pour le financement des partis sont également
considérables. C'est pour essayer de réglementer des financements qui
étaient occultes que le Federal Elections Campaign Act a été adopté
en 1974, qui prévoit notamment un financement public pour les élections
présidentielles, ce qui entraîne un plafonnement des financements privés.
Toutefois les candidats des deux grands partis peuvent, sans plafond,
financer sur leurs fonds personnels leur campagne électorale. Les
contributions des groupes de pression doivent passer par les political
action committees (PAC) chargés de collecter publiquement les fonds,
leur nombre est passé de 600 en 1974 à 4000 aujourd'hui, et l'intervention
des pressure groups a ainsi été légalisée.
Les pressions sur les gouvernants utilisent la technique du lobbying,
qui consiste pour un groupe à "faire les couloirs" des administrations et
des assemblées parlementaires. Les principaux lobbies ont un bureau à
Washington. Les lobbyists préparent eux-mêmes des propositions de
lois, qu'ils font adopter et dont ils suivent l'exécution. @ Denis
Touret
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