|
|
Les grands systèmes étrangers
La constitution des grands pays du monde
Le système constitutionnel du Royaume-Uni de Grande-Bretagne
et d'Irlande du Nord
Le Royaume-Uni (United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland)
est constitué (officiellement depuis 1707) de Nations autrefois
indépendantes : l'Angleterre, le pays de Galles, l'Ecosse, et d'une partie
de l'Irlande - qui fut indépendante jusqu'en 1175 et qui a retrouvé son
indépendance pour les 5/6 de son territoire en 1921.
Mais le Royaume-Uni de Grande-Bretagne est dominé par l'Angleterre (85% des
électeurs), sous l'autorité législative du Parlement de Westminster. Le
Royaume-Uni est donc juridiquement un Etat unitaire avec une nationalité de
droit, la nationalité britannique, même si une certaine autonomie culturelle
et politique est accordée aux anciennes Nations souveraines.
Le Royaume-Uni est un Etat de Droit libéral, une monarchie parlementaire
connaissant le parlementarisme bipartisan rigide.
Section 1. Le Royaume Uni est un Etat de Droit libéral
Il y a Etat de Droit lorsqu'un Etat soumet son action à des normes (règles)
juridiques internes de valeur constitutionnelle, normes acceptées comme
étant supérieures aux autres normes juridiques positives internes
hiérarchiquement organisées, normes constitutionnelles internes qui sont
elles-mêmes subordonnées aux normes de valeur supranationale.
L'Etat britannique est un Etat de Droit qui soumet la hiérarchie des normes
juridiques internes aux normes juridiques supranationales, internationales
et européennes.
L'Etat britannique est un Etat de Droit libéral car les principes
fondamentaux de son organisation constitutionnelle relève de la philosophie
libérale, philosophie que l'Angleterre a été la première Nation du monde à
mettre en oeuvre.
§ 1. Les sources constitutionnelles
A/ Les sources supranationales
I. Le droit international
Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne étant membre de l'ONU (d'ailleurs membre
permanent du Conseil de Sécurité) se doit de respecter les dispositions de
la Charte et les décisions prises par les institutions de l'organisation
mondiale.
Plus généralement l'Etat britannique est soumis au respect des Principes du
droit international, principes fondamentaux et principes généraux, des
normes qui sont portées par les conventions auxquelles elles est partie, les
coutumes qu'elle accepte comme étant juridiques, ses propres décisions
unilatérales.
II. Le droit européen
1° Le droit européen communautaire
Après quelques péripéties le Royaume-Uni est entré dans la Communauté
Européenne en 1972.
Le droit positif de la Communauté Européenne, organisée notamment par les
Traités de Rome du 25 mars 1957, et devenu Union européenne par le Traité de
Maastricht des 9/10 décembre 1991, s'impose au Royaume-Uni comme à tous les
Etats membres, à leurs autorités politiques, administratives et
juridictionnelles - certaines de ses normes étant directement applicables.
Les juridictions britanniques reconnaissent la supériorité du droit européen
communautaire.
2° Le droit du Conseil de l'Europe
Créé en 1949 le Conseil de l'Europe est l'organisation européenne de
coopération politique qui a notamment pour objectif d'assurer la sauvegarde
et le développement des Principes démocratiques fondamentaux.
Signée à Rome le 4 novembre 1950, la Convention européenne de sauvegarde des
Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales organise une garantie
juridictionnelle des droits qu'elle proclame, qui concernent les libertés
publiques individuelles classiques, déjà proclamées dans la Déclaration
universelle des Droits de l'Homme de 1948 mais qui trouvent ainsi leur
pleine reconnaissance et application juridiques.
Le Royaume-Uni est membre du Conseil de l'Europe et est donc soumis à son
droit.
B/ Les textes internes fondamentaux
Ils sont de valeur législative, c'est à dire qu'ils pourraient, comme une
loi ordinaire, être abrogés. Mais ils font, aujourd'hui, partie de la
Tradition libérale et ont, de ce fait, une valeur symbolique qui les met à
l'abri de toute intervention politique.
I. La Grande Charte (Magna Carta)
Arrachée en 1215 au Roi d'Angleterre Jean sans Terre Plantagenêt (John
Lackland - 1167- 1199-1216), notamment affaibli par la guerre avec le
Roi de France Philippe Auguste (qui s'empare de la Normandie, du Maine, de
l'Anjou, de la Touraine et d'une partie du Poitou), par ses barons révoltés
la Magna Carta Libertatum réaffirme les droits et privilèges des
seigneurs féodaux face au pouvoir royal : aucun seigneur féodal ne pourra
être arrêté, emprisonné, mis hors la loi ou privé de ses terres sans avoir
été légalement jugé et condamné par ses pairs.
En 1259 (les Statuts d'Oxford) un Parlement féodal permanent est institué
auprès du Roi, qui est élargi à la petite noblesse et aux bourgeois en 1265.
C'est au XIVème siècle que les Commons, représentants élus des
communes (boroughs, bourgs) se séparèrent des Lords, les
seigneurs féodaux.
C'est au XVIème siècle, avec la victoire de la Réforme sur le
Catholicisme et l'établissement de la religion d'Etat, l'Eglise anglicane
(1534), que la Magna Carta fut interprétée par les bourgeois comme
étant la reconnaissance des droits individuels de tous les propriétaires.
II. La Pétition des Droits (Petition of Rights)
En 1628 le Roi Charles I Stuart (1600-1625-1649), sur la pression de la
Chambre des Communes (House of Commons), dut signer ce texte.
La Petition of Rights, Pétition des Droits, exige qu'aucun impôt ne
soit établi sans le consentement du Parlement et que cessent les
arrestations et détentions illégales. Elle interdit le recours à la loi
martiale en temps de paix et la conscription forcée.
III. L'Habeas Corpus
En 1679, après la guerre civile révolutionnaire qui se termine par la
défaite des "catholiques" Stuarts (1645) et la dictature du calviniste
puritain radical Oliver Cromwell (1599-1649-1660), la lutte politique entre
le Parlement, dominé par les protestants whigs (libéraux), et le Roi
Charles II Stuart (1630-1660-1685) se poursuit.
Afin de lutter contre les arrestations arbitraires le Parlement vote l'Habeas
Corpus Act, qui deviendra la garantie fondamentale du respect des
libertés individuelles avec le développement coutumier d'une procédure (due
process of law) qui est aujourd'hui l'un des piliers du droit
anglo-saxon.
Selon l'Habeas Corpus Act tout citoyen doit être jugé rapidement ou
être libéré sous caution, et s'il estime être détenu arbitrairement il peut,
en adressant une requête au Lord-Chancellor (ministre de la Justice),
obtenir un writ d'habeas corpus, qui est l'ordre écrit de
libérer le prévenu ou de le conduire devant un juge qui devra faire la
preuve de sa culpabilité, faute de quoi le prévenu doit être libéré.
IV. La Déclaration des Droits (Bill of Rights)
En 1689, après l'échec de la "restauration" des Stuarts Charles II
(1630-1660-1685) et Jacques II (James II, 1633-1685-1688-1701), la
"révolution" de 1688 porte au pouvoir le stathouder protestant de
Hollande Guillaume III d'Orange-Nassau (William III, 1650-1689-1702)
et son épouse Mary II Stuart, la fille protestante de Jacques II.
Le Parlement oblige les monarques à accepter solennellement le Bill of
Rights - qui deviendra le fondement de la monarchie constitutionnelle
britannique.
Le Bill of Rights affirme : la Souveraineté de la Loi (donc du
Parlement), qui s'impose au Roi comme à tous ses Sujets ; le principe du
consentement du Parlement à l'impôt ; de son consentement pour lever et/ou
entretenir en temps de paix une armée ; l'illégalité de la suspension par le
Roi, sans l'autorisation du Parlement, des lois et/ou de leur application ;
le droit de pétition des Sujets ; l'interdiction des cautions, amendes,
punitions anormales, excessives et/ou cruelles ; la primauté de la Religion
protestante ; que les élections au Parlement doivent être libres ; que la
liberté de parole, de débat et de procédure, au Parlement, ne peut être mise
en cause devant aucune juridiction ou aucune institution extra-parlementaire
; que le Parlement doit se réunir fréquemment.
En 1701, par l'Acte d'Etablissement (The Act of Settlement), les
règles de la succession au trône sont définies : exclusion des catholiques
ou des protestants mariés à un catholique ; règle de primogéniture pour les
descendants mâles et sinon pour les filles ; obligation de prêter serment
afin de reconnaître le Bill of Rights.
Tous ces textes étant des lois peuvent être modifiés ou complétés par des
lois nouvelles. Ainsi le Statut de Westminster de 1931 prévoit que toute
modification des règles de succession ne peut se faire sans l'accord du
Commonwealth. La loi de 1936 sur l'abdication du Roi Edouard VIII
(1884-1936-1972, Edward VIII, Duke of Windsor), qui préfère
épouser une américaine divorcée plutôt que de régner, écarte de la
succession au Trône tous ses descendants.
Ainsi le Parlement, par sa Loi (son droit), devient-il le Souverain. Le Roi
(ou la Reine) n'est plus Souverain que symboliquement.
C/ Les lois de valeur constitutionnelle
Ces lois sont examinées, afin de marquer leur importance, par la Commission
de la Chambre des Communes toute entière (Committee of the Whole House).
I. Pour la détermination et la délimitation des pouvoirs institutionnels
De nombreuses lois britanniques sont intervenues dans le domaine
constitutionnel pour déterminer et délimiter les pouvoirs institutionnels :
par exemple la loi de 1986 concernant la portée des décisions prises par les
autorités communautaires européennes à l'égard de l'ordre juridique
britannique, les lois sur le Parlement de 1911 et 1949 concernant les
pouvoirs relatifs des deux chambres, les lois électorales.
II. Les lois d'organisation administrative
Egalement de très nombreuses lois intervenant dans le domaine administratif
ont des incidences constitutionnelles : par exemple la loi sur l'Education
de 1944, sur l'Organisation de la police, sur la Télévision en 1964.
D/ La coutume
Bien que de nombreux textes constitutionnels existent en droit positif
britannique c'est la coutume qui réglemente ce qui concerne les prérogatives
royales et les droits fondamentaux des citoyens.
I. Les prérogatives royales
Le Monarque est totalement irresponsable et, en conséquence, échappe à toute
action juridictionnelle, civile et pénale.
Le Monarque, quel que soit son âge, jouit de la pleine capacité juridique,
cette capacité est permanente puisque le Roi ne peut mourir, ce qui
s'exprime selon la formule bien connue "Le Roi est mort, Vive le Roi".
Ses prérogatives politiques sont exercées par les ministres de la Couronne :
création de Pairs du Royaume, convocation et ajournement du Parlement...
II. Les droits fondamentaux
Exceptées les garanties judiciaires, qui sont accordées par la loi d'Habeas
Corpus de 1679, les droits fondamentaux, en l'absence de textes les
concernant, existent implicitement. Ils sont considérés par une partie de la
doctrine comme étant naturels et donc inaliénables.
La Loi n'intervient que pour réglementer leur mise en oeuvre, c'est à dire
pour permettre l'exercice des libertés publiques.
Ainsi la liberté de parole (le droit d'exprimer son opinion) est-elle en
principe pleine et entière, mais la Loi est intervenue pour interdire le
blasphème, l'obscénité, la diffamation, la sédition, la divulgation des
secrets d'Etat....et plus récemment les propos discriminatoires, racistes,
et l'incitation à la haine.
E/ La Jurisprudence
En définitive ce sont les tribunaux judiciaires qui contrôlent la bonne
application du droit britannique et qui, en particulier, assurent la
définition juridique et la protection des libertés publiques.
Les juges tiennent compte de l'évolution des mentalités et des moeurs pour
adapter l'application des droits fondamentaux aux nouvelles nécessités
sociales qu'ils apprécient en leur âme et conscience : pour ce faire ils
peuvent être amenés à restreindre ou, au contraire, à étendre le champ
d'application des lois en les interprétant.
Mais les tribunaux britanniques, comme les autres autorités publiques,
doivent évidemment respecter, en matière de libertés publiques notamment, le
droit européen communautaire et/ou du Conseil de l'Europe et plus
généralement le droit international.
D/ Les privilèges et réglements parlementaires
Le Parlement étant, dans la tradition constitutionnelle britannique, depuis
le Bill of Rights de 1689, le Pouvoir souverain, les parlementaires
jouissent de privilèges importants.
En particulier chaque chambre du Parlement est totalement libre de voter son
Réglement, ce qui a des conséquences constitutionnelles importantes puisque
c'est le Réglement qui fixe, notamment, la procédure à suivre en ce qui
concerne l'initiative, l'examen et le vote des lois.
E/ Les conventions de la Constitution et les conventions parlementaires
I. Les conventions de la Constitution
Par convention de la Constitution (convention of the Constitution)
les britanniques entendent toute pratique constitutionnelle largement
acceptée qui devient répétitive de telle sorte qu'un consensus apparaît.
Ainsi, jusqu'en 1800 environ, les ministres sont nommés par le Roi, puis la
pratique s'instaure de ne nommer que des ministres qui puissent disposer du
soutien d'une majorité parlementaire, puis le Premier ministre est choisi au
sein de la Chambre des Communes, puis le Premier ministre est le leader du
parti qui détient dans cette Chambre la majorité.
Ou, encore, le fait que le Monarque ne puisse agir que suivant l'avis du
Gouvernement date d'une convention de 1910 (Asquith).
Une convention n'est donc jamais définitive : en 1983 Margaret Thatcher a
demandé à la reine de conférer des Pairies héréditaires alors que, de 1964 à
1983, ceux qui avaient été élevés à la Pairie l'avaient été à vie, de telle
sorte que l'on pouvait penser qu'il y avait convention.
Une convention peut être légalisée : l'existence du Premier ministre a été
consensuelle jusqu'en 1937, date à laquelle son existence a été
institutionnalisée par une loi.
Actuellement relève de la convention : l'existence du Cabinet et son
organisation, le principe de la responsabilité collective du Cabinet
devant la Chambre des Communes, le choix du Premier ministre et du
Cabinet dans la majorité parlementaire, la plupart des droits et
privilèges reconnus à l'opposition parlementaire.
II. Les conventions parlementaires
Le fonctionnement du Parlement relève assez largement de conventions
parlementaires, par exemple :
- le face à face des bancs des députés de la majorité et des bancs de
l'opposition, et donc le face à face du Cabinet et du Cabinet fantôme (shadow
Cabinet) de l'opposition (qui sont sur le premier banc de chaque côté) ;
- le fait que l'absence d'un député de la majorité est compenser par
l'absence volontaire d'un député de l'opposition ;
- la mise à l'ordre du jour d'un débat et d'un vote de censure.
§ 2. Les principes constitutionnels fondamentaux
A/ La dominance de principe du Parlement
En théorie le Parlement britannique détient la Souveraineté juridique (sous
réserve du respect des normes supralégales que sont les normes
internationales et européennes), c'est à dire que ses pouvoirs sont
illimités lorsqu'il s'agit pour lui de légiférer.
Le Parlement peut rendre légal ce qui ne l'était pas et rendre illégal ce
qui était légal. Aucune autorité ne peut être supérieure à la sienne et si
les juges ont évidemment une certaine faculté d'interprétation de la Loi, et
peuvent invoquer l'existence de droits naturels imprescriptibles, il ne
peuvent, bien entendu, rendre des décisions qui seraient formellement
contraires à la Loi.
Il n'existe pas, au Royaume-Uni, de Cour Suprême ou de Cour
Constitutionnelle qui pourrait limiter la Souveraineté juridique du
Parlement.
Plus précisément c'est la Chambre basse du Parlement, la Chambre des
Communes, qui détient aujourd'hui, depuis que sa suprématie sur la Chambre
haute, la Chambre des Lords, s'est affirmée au XXème siècle, cette
Souveraineté juridique.
Mais, de fait, cette Souveraineté juridique n'est que théorique puisqu'elle
s'exprime par le vote des lois, donc qu'elle nécessite l'existence d'une
majorité parlementaire. Or, en Grande-Bretagne, du fait de l'existence du
bipartisme rigide (voir infra) la majorité parlementaire s'exprime
réellement par la voix du Gouvernement.
B/ La dominance réelle du Cabinet
En réalité c'est le Cabinet qui détient réellement le pouvoir législatif
comme le pouvoir exécutif, c'est pourquoi l'on peut dire que le principe
démocratique de la séparation des pouvoirs est un mythe.
I. Le mythe de la séparation des pouvoirs
La théorie démocratique de la séparation des pouvoirs, qui a été faite par
le philosophe libéral britannique John Locke (1632-1704) dès 1690 dans son
ouvrage "Traité du Gouvernement civil" (Second Treatise of civil
Government, Traité du Gouvernement civil, GF-Flammarion n°408), et qui a
été reprise et systématisée par le philosophe français Charles de
Montesquieu (1689-1755) en 1748 dans "De l'Esprit des lois" ( GF-Flammarion
n°325 et 326) repose sur le postulat que pour éviter la dictature il faut
séparer les trois fonctions essentielles du Pouvoir politique : la fonction
législative, la fonction exécutive ou gouvernante et la fonction
juridictionnelle.
Si les trois fonctions sont formellement séparées en Grande-Bretagne, comme
dans tous les Etats qui se réclament de la philosophie libérale, c'est bien
la fonction législative qui théoriquement joue le rôle principal et un rôle
qui, on l'a vu, est dominateur, le juge n'ayant qu'une certain faculté
d'interprétation par rapport à la Loi et l'Etat de Droit obligeant
l'administration à respecter celle-ci.
Or la Loi c'est la Loi du Cabinet, qui est loin de n'être qu'un exécutif.
II. La Loi du Cabinet
C'est le Cabinet qui a l'initiative des lois, qu'il fait voter par sa
majorité parlementaire.
Le Cabinet a donc la possibilité pratique d'exercer une véritable dictature
par sa Loi. S'il ne le fait pas c'est que le système constitutionnel
britannique est un système consensuel d'équilibre entre les diverses forces
sociales au sein d'une Société qui est, pour l'instant en tout cas,
viscéralement attachée à la démocratie libérale.
Cela s'exprime au travers d'une organisation politique qui se caractérise
par l'existence d'un parlementarisme bipartisan rigide.
Section 2. Le parlementarisme bipartisan rigide
Les élections à la Chambre des Communes permettent au Peuple souverain de
choisir entre les deux principaux partis celui qui exercera le pouvoir
politique.
§ 1. La Souveraineté du Peuple
Si le Parlement détient la Souveraineté juridique c'est le Peuple qui
détient théoriquement la Souveraineté politique. C'est à ce titre que le
Peuple souverain a été consulté sur l'entrée de la Grande-Bretagne dans la
Communauté Européenne par le référendum national du 5 juin 1975 (oui 67,2% ;
non 32,8% ; abstentions 35,5%).
Le Peuple c'est l'ensemble des citoyens qui sont électeurs. C'est à dire les
citoyens de nationalité britannique, les citoyens des Territoires
britanniques dépendants et les britanniques d'outre-mer, mais également les
immigrants du Commonwealth et les Pakistanais.
(Depuis le British Nationality Act de 1981 la nationalité britannique
est accordée à toute personne qui a le droit de vivre (right of above)
au Royaume-Uni. Un enfant né au Royaume-Uni est de nationalité britannique
dès sa naissance si l'un de ses parents est britannique ou réside de façon
permanente (settled) au Royaume-Uni sans être soumis aux restrictions
fixées par les lois sur l'immigration.)
Pour être électeur il faut être inscrit sur une liste électorale. Peuvent
s'inscrire tous les citoyens britanniques, les immigrants du Commonwealth
et les Pakistanais.
Depuis 1928 les femmes disposent du droit de vote et la majorité a été
abaissée de 21 à 18 ans en 1969.
Le scrutin est le scrutin majoritaire à un tour, un mode de scrutin qui
favorise le bipartisme en affaiblissant la représentation des autres partis,
et qui favorise le parti vainqueur des élections en maximant sa
représentation. Ainsi aux législatives de 1997 les travaillistes obtiennent
43,17% des suffrages exprimés et 63,58% des sièges (419 sièges sur 659), les
conservateurs 30,60% des suffrages et 25,05% des sièges (165 sur 659), les
libéraux-démocrates 16,71% des voix et 06,98% des sièges (46 sur 659), les
partis nationalistes 9,52% des suffrages et 04,40% des sièges (29 sur 659).
(En 1831 4% seulement de la population a le droit de vote et les
circonscriptions électorales datent du XVIème siècle. Les villes
industrielles (Manchester, Birmingham, notamment) n'ont pas de représentants
alors que "les bourgs pourris (rotten boroughs) sont nombreux (Dunwich
a 1 député pour 1 électeur ; Old Sarum a 2 sièges pour 7 électeurs). Les
sièges des "bourgs de poche" (pocket boroughs) s'achètent 30 à 40 000
livres. C'est seulement en 1867 que le vote, qui était réservé aux
propriétaires et qui ne sera secret qu'en 1872, est étendu aux salariés des
villes (1884 pour les salariés agricoles). C'est en 1948 que le double vote
pour les hommes d'affaires et les diplômés d'universités a été supprimé.)
§ 2. Les deux grands partis
A/ L'évolution du bipartisme
Le Royaume Uni connaît depuis le XVIIème siècle le système bipartisan.
L'opposition traditionnelle des whigs (libéraux) et des tories
(conservateurs) cède la place au XXème siècle à celle des conservateurs (Conservative
Party) et des travaillistes (Labour Party).
C'est aux élections de 1922 que le parti travailliste, créé en 1906, obtient
de meilleurs résultats que les libéraux (142 députés travaillistes, 115
députés libéraux). De 1922 à 1935 le Royaume Uni connaît le tripartisme.
Puis, le scrutin uninominal majoritaire à un tour jouant son rôle
éliminatoire, le parti libéral, bien que conservant des voix, perd toute
possibilité d'accéder au pouvoir (aux élections de 1964 les libéraux
obtiennent 11,2% des suffrages exprimés mais seulement 9 sièges sur 630,
soit 1,42% des sièges).
Depuis 1945 les travaillistes et les conservateurs alternent au pouvoir : de
1945 à 1951 les travaillistes (Attlee), de 1951 à 1964 les conservateurs
(Churchill, Eden, Macmillan, Home), de 1964 à 1970 les travaillistes
(Wilson), de 1970 à 1974 les conservateurs (Heath), de 1974 à 1979 les
travaillistes (Wilson, Callagan), de 1979 à 1997 les conservateurs
(Thatcher, Major), depuis 1997 les travaillistes (Tony Blair).
Cependant, depuis 1974, les deux partis de gouvernement ne totalisent plus
que de 70 à 81% des suffrages exprimés, contre 90% environ précédemment, à
cause des succès relatifs de partis tiers : libéraux-démocrates,
nationalistes écossais, gallois, d'Ulster.
B/ Les différences idéologiques
Les whigs (marchands, protestants libéraux) étaient les défenseurs du
Parlement contre le pouvoir royal, défendu par les tories
(aristocrates conservateurs, catholiques ou anglicans).
Jusqu'en 1994 les travaillistes sont les défenseurs des salariés et des
syndicats de salariés (Trade Unions), qui sont leur principal
soutien, notamment financier. Ils sont favorables à l'intervention de l'Etat
(ils sont notamment contre la privatisation des entreprises publiques et la
déréglementation), dans le cadre d'une économie de marché néo-capitaliste
qui ne soit pas livrée "aux lois de la jungle" de la compétition pour
l'acquisition du profit maximal. Ils entendent développer une politique
sociale devant aboutir au Welfare State, à l'Etat-providence du
socialisme tendance social-démocrate dure. Ils sont pour une Société sans
classes hiérarchisées, égalitaire, pour une égalité des chances dans le
développement des personnes, quels que soient le sexe, la race, la religion
ou la philosophie de ces personnes.
Après 1994, sous la direction de Tony Blair, les travaillistes se rallient
au libéralisme des conservateurs sous une forme social-démocrate molle,
c'est à dire social-libéral. Ils abandonnent les nationalisations et se
prononcent pour une économie de participation (keholder economy)
faisant penser à la politique économique populiste de Singapour et des
autres "dragons" d'Asie du Sud-est. C'est sur ce programme que le Labour
triomphe aux législatives de 1997 et obtient 419 sièges sur 659 à la Chambre
des Communes, avec 43,17% des suffrages exprimés. Tony Blair gagne également
les législatives de 2001 et s'engage totalement dans la guerre de 2003
contre l'Irak entre George W. Bush et Saddam Hussein.
Les conservateurs sont les défenseurs du capitalisme classique. Ils pensent
que la Société sans classes est une utopie. Ils sont pour une Société
hiérarchisée, inégalitaire, concurrentielle - la hiérarchisation
inégalitaire résultant soit de la naissance, soit de la fortune, soit du
mérite. Néo-libéraux keynesiens jusqu'en 1979, c'est à dire pour une
intervention limité de l'Etat dans les mécanismes économiques, les
conservateurs sont revenus au libéralisme classique sous la direction de
Margaret Thatcher. Ils sont pour le désengagement de l'Etat des affaires
économiques (dénationalisation) et pour une politique sociale minimum
(déréglementation), à défaut de pouvoir laisser la Société fonctionner
librement, c'est à dire sans aucune intervention de l'Etat.
§ 3. Le Parlement (Parliament)
Le Parlement britannique est bicaméral. Il est composé de la Chambre des
Lords (House of Lords, Chambre haute) et de la Chambre des Communes (House
of Commons, Chambre basse).
A/ La Chambre des Lords
I. Composition
Avant la réforme de Tony Blair en 1999 sur environ 1 190 pairs l'on
comptait environ 900 pairs héréditaires (barons, vicomtes, comtes, marquis,
ducs). Désormais et provisoirement ne subsistent que 92 pairs héréditaires,
élus pour la première fois par leurs semblables.
Les (535 depuis la réforme Blair) pairs et pairesses à vie sont élevés
depuis le Life pearage Act de 1958 à la dignité de Lords par le
Souverain en raison de leur éminente réussite dans les domaines les plus
divers : sciences et techniques, action sociale, arts et lettres.
Les 26 plus Hauts prélats de l'Eglise anglicane (religion officielle) sont
également Lords ainsi que 12 Hauts magistrats, nommés à vie pour exercer les
fonctions judiciaires de la Chambre des Lords (Law Lords).
La Chambre des Lords est dirigé par le Lord Chancelier (Lord Chancellor).
Désigné par le Souverain sur recommandation du Premier Ministre il est
membre de droit du Cabinet en tant que Ministre de la Justice.
Les Lords sont dans leur grande majorité conservateurs.
II. Fonctions
1° En matière législative
Elles ont été limitées par les Parliament Acts de 1911 et de 1949
pour ce qui est des lois d'intérêt général (public bills).
Pour les lois ordinaires la Chambre des Lords dispose d'un veto suspensif
d'un an.
Pour les lois financières (money bills) la Chambre des Lords peut
voter un délai d'attente d'un mois avant leur promulgation par le Souverain.
La Chambre des Lords demeure pleinement compétente pour les lois d'intérêt
particulier (private bills), qui sont dérogatoires aux public bills et qui
consistent à accorder des droits et prérogatives aux personnes privées et
aux collectivités locales, les lois de ratification des décrets-lois
d'intérêt particulier (provisional order bills) et la législation déléguée (order
bills).
2° En matière judiciaire
La Chambre des Lords constitue la Cour suprême d'Appel en matière civile et
pénale. Elle siège alors en formation restreinte limitée aux law lords.
Ne se prononçant que sur les cas les plus importants ses décisions sont peu
nombreuses, mais les arrêts qu'elle rend ont une grande portée
jurisprudentielle.
B/ La Chambre des Communes
I. Composition et fonctionnement
Elle est composée de 659 députés élus au suffrage universel direct, au
scrutin uninominal majoritaire à un tour.
La Chambre des Communes est dirigé par le Speaker. Lors des débats son rôle
est essentiel car c'est lui qui donne et retire la parole aux orateurs et
fait respecter la procédure. Le Speaker est élu pour la durée de la
législature par la majorité parlementaire mais doit être accepté par
l'opposition. Il est généralement réélu jusqu'à sa mort, sa retraite ou sa
démission volontaire.
La Chambre des Communes siège 160 jours par an, en quatre sessions. L'année
parlementaire s'ouvre en automne par le Discours du Trône (King's or Queen's
speech from the Throne) qui est prononcé par le Monarque (devant les deux
Chambres) mais rédigé par le Cabinet. Chaque session forme un tout, ce qui
signifie que les textes de loi doivent être promulgués avant la fin de
chaque session pour être juridiquement valables.
Chaque session (session) est divisée en séances (sittings). Si tous les
députés n'assistent pas à toutes les séances la présence et la discipline
politique des députés, lorsque cela est souhaité par les leaders de la
majorité et/ou de l'opposition, est assurée par les whips, des députés qui
encadrent chacun 25 députés sous l'étroit contrôle d'un Chief Whip.
L'existence des whips (le whipper-in est l'homme armé d'un fouet qui dirige
la meute des chiens dans une chasse à courre) assure la "rigidité" du
bipartisme.
Le vote électronique n'existe pas. Le vote se fait par "division". Les
députés qui votent pour le texte sortent par la porte qui se situe à droite
du Speaker (du côté du Cabinet) et ceux qui votent contre le texte sortent
par la porte qui est à la gauche du Speaker (du côté du Shadow Cabinet). Les
whips veillent à ce qu'il n'y ait pas d'"erreurs", à moins que le résultat
ne soit certain ce qui permet d'accepter quelques exceptions.
C'est exceptionnellement, le 18 mars 2003, que tout d'abord (amendement
contre la guerre) 135 députés travaillistes n'ont pas suivi Tony Blair pour
son soutien inconditionnel à George W. Bush dans sa croisade guerrière
contre Saddam Hussein, pour finalement (412 pour, 149 contre dont 84
travaillistes), l'autoriser à faire la guerre.
II. Les attributions législative et politique
La Chambre des Communes a pleine compétence en matière législative et le
monopole du contrôle politique du Gouvernement.
1° La pleine compétence législative
La procédure législative britannique distingue les questions d'intérêt
particulier (private business), qui concernent notamment les
administrations locales et qui relèvent d'une procédure spécifique, des
questions d'intérêt général (public business), qui relèvent de la
procédure normale ordinaire ou d'une procédure spéciale (lois de valeur
constitutionnelle, lois de finances).
Pour le public business la procédure normale ordinaire est très complexe.
Pour simplifier disons que :
- 90% des lois résultent des projets du Gouvernement (Government bills)
;
- les propositions de loi des députés (Private Member's bills) sont
déposées selon trois procédures ; la plus efficace est celle qui fait appel
au tirage au sort des députés admis à présenter des propositions ; une
dixaine de propositions sont ainsi adoptées par an dont certaines peuvent
être très importantes (entre 1966 et 1970 : la loi d'abrogation de la peine
de mort, la loi légalisant l'avortement) ;
- l'étude en commission est précédé de la discussion générale du texte
devant la Chambre réunie en séance plénière ;
- le texte est discuté article par article, en séance publique, soit devant
la Commission de la Chambre toute entière (Committee of the Whole House),
soit devant une des commissions non spécialisées et non permanentes (standing
committees), soit devant une commission ad hoc (select committee),
soit devant l'une des commissions spécialisées permanentes (special
standing committees) institutionnalisées en 1985 mais qui
n'interviennent que par exception ;
- des amendements peuvent être proposés et adoptés en commission ;
- la discussion du texte article par article est ensuite reprise devant la
Chambre ; certains amendements sont recevables parmi lesquels le Speaker
peut choisir les plus représentatifs (procédure dite du Kangourou) ;
- la Chambre vote sur l'ensemble du texte après discussion générale ; le
texte peut être renvoyé en commission ;
- après avoir été adopté par la Chambre des Communes le texte est envoyé à
la Chambre des Lords qui se prononce selon une procédure moins complexe ; le
texte doit être adopté en termes identiques ; en cas de désaccord le texte
de la Chambre des Communes est promulgué après un délai d'attente de 30
jours pour les lois financières et les autres lois supportent un veto
suspensif d'un an.
2° Le monopole du contrôle politique
La Chambre des Communes est seule à pouvoir contrôler politiquement l'action
gouvernementale.
Elle le fait en utilisant divers moyens, sans que ce contrôle soit codifié
comme en France : par exemple des procédures comparables à celle de
l'article 49 de la Constitution Française de 1958 n'existent pas.
Les techniques utilisées sont la technique des questions écrites et orales,
des motions en instance d'examen (early day motion), des débats sur
une motion d'ajournement, des commissions de contrôle traditionnelles (scrutiny
committees), les commissions sectorielles (14) de contrôle politique du
Cabinet (policy committees).
Si le Gouvernement est renversé par la Chambre des Communes, à la suite d'un
vote à la majorité simple, la coutume veut que la dissolution soit prononcée
par le Monarque à la demande du Premier Ministre.
Les opinions des spécialistes convergent pour dire que le Parlement
britannique est un "forum démocratique". C'est le lieu privilégié où le
Gouvernement informe le pays de sa politique et où l'opposition fait part de
ses critiques.
Il reste que c'est bien le Gouvernement majoritaire, donc le Premier
Ministre, qui dirige effectivement le Royaume-Uni et non pas, évidemment, le
Parlement.
§ 4. Le Gouvernement et le Cabinet
A/ Composition
Il faut distinguer le Gouvernement (Ministry) du Cabinet (Cabinet).
Le Gouvernement est composé d'une centaine de membres : de ministres avec ou
sans portefeuille (departmental or non departmental ministers), de
secrétaires d'Etat (ministers of State), de sous-secrétaires d'Etat (junior
ministers), et de leurs secrétaires parlementaires privés (parliamentary
private secretary, directeur de leur cabinet politique, et parlementaire de
l'autre Chambre que leur "ministre").
Le Cabinet qui ne comprend qu'une vingtaine de membres, les principaux
ministres, ressemble davantage à un gouvernement Français que le Ministry.
Les membres du Gouvernement sont des parlementaires, soit des Lords (une
dizaine) soit des députés, qui s'expriment au nom du Gouvernement devant
leur Chambre respective et se font représenter devant l'autre Chambre par
leur secrétaire parlementaire. Un non-parlementaire nommé ministre doit se
présenter à une élection partielle, et être élu, pour demeurer ministre
(convention).
B/ Attributions
Le Gouvernement britannique conduit les politiques extérieure et intérieure
de l'Etat, de la Couronne (The Crown). Toutefois c'est le Cabinet qui
est l'élément dirigeant du Gouvernement.
C'est le Cabinet qui est le noyau dur du Gouvernement. C'est le gouvernement
du Gouvernement. C'est lui qui, par principe, détermine et conduit la
politique de la majorité parlementaire, contrôle la procédure législative,
coordonne l'action des ministres, contrôle les administrations.
Les décisions du Cabinet sont, en théorie, prisent lors de sa réunion
hebdomadaire, habituellement le jeudi à la résidence du Premier Ministre, au
10 Downing Street (mais il peut être convoqué par le Premier Ministre à tout
moment et n'importe où).
Les décisions du Cabinet sont préparées au sein de comités interministériels
(Cabinet committees) et par son Secrétariat administratif (Cabinet
Office, environ 120 membres, comparable au Secrétariat général du
Gouvernement en France).
De fait c'est le Premier Ministre qui choisit la politique qu'il entend
imposer comme étant la politique du parti majoritaire, jusqu'au jour où ce
sont les notables du parti qui lui imposent leur politique ou lui imposent
de partir, même si c'est le Premier Ministre qui impose son successeur
(Margaret Thatcher en 1990, remplacée par John Major qu’elle attaquera
ensuite violemment dans ses « mémoires »).
§ 5. Le Premier Ministre (Prime Minister)
A/ Sa désignation
Le titre de Prime Minister est apparu pour la première fois dans un
texte officiel en 1872 mais aucun texte ne précise comment il est nommé,
pour quelle durée, et quels sont ses pouvoirs. Tout cela relève d'une
convention constitutionnelle.
La convention veut qu'à la suite des élections à la Chambre des Communes le
Monarque nomme le leader du parti qui a la majorité des députés.
Si le leader vient à changer en cours de législature c'est le nouveau leader
qui devient Premier Ministre.
S'il n'y a de majorité le Monarque désigne le leader du parti qui a le plus
grand nombre de sièges.
S'il n'y a pas de leader il nomme, sur recommandation de l'ancien Premier
Ministre ou des leaders du parti, un député, ou quelqu'un susceptible de le
devenir (Lord Home, en 1963, renonce à la pairie pour se présenter à une
élection partielle de la Chambre des Communes), qui ne sera pas désavoué par
une majorité de députés.
B/ Son rôle : le Souverain élu du Royaume
En théorie le Premier Ministre n'est que le premier (the first) des
ministres, sans pouvoirs particuliers, comme le Gouvernement ne serait que
l'exécutif du Parlement.
En réalité le Premier Ministre, sauf exceptions conjoncturelles, est le
véritable Souverain élu du Royaume-Uni.
Il nomme librement le Cabinet et désigne les autres membres du Gouvernement.
Il "démissionne", souvent pour raisons de santé, les mêmes membres. C'est
lui qui fixe leurs attributions. C'est lui qui nomme les directeurs et chefs
de service des administrations et contrôle la fonction publique.
C'est lui qui détermine, avec le Cabinet, la politique externe et interne du
Royaume-Uni. De fait il exerce les fonctions d'un Chef d'Etat en plus de
celles d'un Chef de Gouvernement.
C'est lui qui détient réellement, exercé formellement par le Monarque, le
pouvoir de dissoudre la Chambre des Communes, lorsqu'il l'estime utile et
pas seulement à la suite d'un vote négatif (défiance) à son égard. Le droit
de dissolution est un moyen de pression, non seulement sur le parti
minoritaire, mais aussi sur les membres du parti majoritaire.
En 1999, sous Tony Blair, premier ministre travailliste social-démocrate
soft, c'est à dire social-libéral, l'on assiste à une forte
"présidentialisation" du pouvoir politique. Les conseillers du premier
ministre (150 au total) surveillent non seulement la presse mais les
ministres et les hauts fonctionnaires, de telle sorte que le premier est
appelé "Bonaparte", ce qui n'est pas nécessairement un compliment en Grande
Bretagne ...
En juin 2001, malgré la crise de la "vache folle", notamment, la presse est
unanime, journaux de "caniveau" compris, à soutenir Tony Blair qui, victoire
historique pour un "labour", est le brillant vainqueur des législatives
malgré (ou à cause d') une très forte abstention (40,8 %). A ces élections
le Labour obtient 40% des exprimés, les conservateurs 32 %, les libéraux
démocrates 18% et les autres (nationalistes, divers) 10%.
En 2003 Tony Blair s'engage totalement au côté de George W. Bush
dans sa croisade évangélique whaspiste (whasp, blanc, anglo-saxon
protestant) contre l'Irak. La presse anglo-saxonne, notamment celle du juif
australo-américain Rupert Murdoch, agresse violemment la France de Jacques
Chirac qui s'oppose à une intervention non autorisée par le Conseil de
sécurité de l'Onu.
§ 6. La Monarchie
Le Chef d'Etat en titre du Royaume-Uni est le Monarque, Roi ou Reine (depuis
1952 Elizabeth II). L'Etat c'est la Couronne (The Crown).
De fait le Monarque ne conserve plus aujourd'hui que des fonctions
symboliques et rituelles. C'est lui qui est le défenseur de la religion
officielle, la religion anglicane, et qui représente l'unité nationale et la
permanence de l'Etat.
Les cérémonies officielles, et les faits et gestes royaux, soigneusement mis
en scène par les medias, notamment les plus populaires, facilitent
l'adhésion des masses et entretiennent une cohésion sociale qui est toujours
très forte malgré (ou à cause ?) des « problèmes » sentimentaux des membres
de la famille royale, très nationale et encore très insulaire malgré une
participation à l’Union Européenne qui reste assez mal perçue par le peuple.
©Denis Touret
www.olscom.com
Copyright © 2005 Olscom. Tous droits réservés
|
|