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Emploi

Le long décollage de la création d'emploi

 

Alors que l'on constatait que 2,7 millions d'emplois industriels avaient été perdus entre 2001 et début 2004 , la création d'emplois annoncée pour février 2004 n'était en effet que de 21 000 au lieu des 125 000 emplois attendus.

Au printemps 2004, la donne change puisque le Département du travail annonce respectivement la création de 308 000 emplois pour mars (donnée révisée à 337 000 courant mai), plus forte augmentation mensuelle depuis avril 2000, 288 000 en avril, 248 000 en mai.

Une part importante de ces nouveaux emplois était liée à la guerre en Irak , les diverses industries travaillant pour la défense ayant, selon les données du ministère du Commerce, assuré près de 16% de la croissance économique au cours du premier trimestre 2004. Ainsi le textile sollicité pour les uniformes comptait 2 400 nouveaux emplois en avril alors qu'il avait perdu 50 000 emplois en 2003. L'entreprise qui fabrique les Humvee (4X4 blindés utilisés en Irak) avait triplé ses effectifs en six mois.

Pour sa part la baisse du taux de chômage de 6,3% en juin 2003 à 5,7% au début de l'année 2004 anticipait sur la reprise de l'emploi et résultait de la diminution de la population active de 1,2% pendant la période 2001-2004 du fait de ceux qui renonçaient à trouver un emploi (chômage «caché»).

La hausse du profit des entreprises, du dernier trimestre de 2003 sur le dernier trimestre 2002 était de 29%, hausse la plus forte enregistrée depuis 20 ans, par contre la part des revenus salariaux dans l'évolution du revenu national était tombée à son plus bas niveau depuis 37 ans.

D'après une étude de la banque centrale américaine (Federal Reserve) le revenu net moyen des Américains ayant les revenus les plus élevés représentait, en 2001, 22 fois le revenu des familles ayant les revenus moyens les plus bas alors que, pour la moyenne des années 1990, il représentait 12 fois ce même revenu.

 

La grande crainte : les délocalisations («outsourcing»)

Suivant les différentes estimations, 3 à 3,5 millions d'emplois dans les services, essentiellement dans les technologies de l'information, pourraient être délocalisés sur une période de dix à quinze ans.

D'après une étude, 90% des entreprises américaines font de l'outsourcing d'une manière ou d'une autre.

La délocalisation est d'autant plus traumatisante pour le salarié que, de plus en plus fréquemment, il lui est demandé de former son futur remplaçant, parfois sous peine de se voir refuser l'indemnité de licenciement ou de voir réduits ses droits en matière de retraite.

Les délocalisations sont considérées comme une menace sur l'emploi dans la mesure où leur rythme est en nette accélération et dans la mesure où elles concernent des emplois souvent qualifiés et bien payés dans des technologies qui avaient jusque là représenté un domaine privilégié pour la création de nouveaux emplois.

Ces menaces sur l'emploi trouvent un écho sur le plan politique : un projet de loi voté par une majorité de 70 voix contre 26 au Sénat, tend à interdire les délocalisations lorsque les contrats ou marchés sont financés par des fonds fédéraux. Par ailleurs 80 projets de loi pour limiter ou interdire les délocalisations d'emploi ont été présentés dans 30 Etats américains depuis le début de l'année 2004.

 

Le rôle des gains de productivité

Plus encore que les délocalisations, les gains de productivité de ces dernières années ont incité les entreprises à supprimer des emplois ou à éviter la création de nouveaux emplois. Les gains de productivité aux Etats-Unis ont été évalués à 5% par an depuis la fin de la récession (fin 2001). Or on estime qu'un gain annuel de 1% de la productivité globale correspond à la perte de 1,3 million d'emplois.

Il faut ajouter à cela que les gains de productivité sont désormais les plus importants dans le secteur des services qui représente désormais 80% des emplois. Le commerce de détail qui représente pour sa part 12% des emplois, est lui-même concerné, c'est ainsi que près de la moitié des 1707 magasins de la chaîne Home Depot Inc sont désormais équipés de caisses automatisées. Dans cette branche qui va du grand magasin à la station d'essence et au restaurant, chaque salarié traite actuellement un volume de biens ou de services de 35% supérieur à ce qu'il traitait cinq ans auparavant.

 

La pression sur les conditions de travail

Les observateurs du marché du travail aux Etats-Unis ne manquent pas de souligner que dans un contexte où la demande de profits par les investisseurs entraîne une compression des coûts, la hausse continue du coût de l'assurance maladie est un frein à la création d'emploi. Or parallèlement la couverture maladie des salariés et de leurs familles a notoirement régressé.

Le constat d'une dégradation ou d'un arrêt de la progression des conditions d'emploi des salariés les moins qualifiés a conduit dans les années 1990 à la définition d'une nouvelle catégorie sociale, celle des «working poor» , travailleurs dont les revenus ne dépassent pas le seuil de pauvreté. Sur près de 33 millions de personnes se situant en dessous du seuil de pauvreté en 2001, 6,8 millions étaient des travailleurs pauvres.

D'après une étude de l'Economic Policy Institute (décembre 2003), près de trois quarts des employés du commerce de détail à New York qui reçoivent une aide sociale (aide aux soins, bons d'achat alimentaires, repas scolaires gratuits) sont des employés à plein temps.

Alors que le taux de syndicalisation est de 14% aux Etats-Unis, mais seulement 9% dans le secteur privé , la pression sur les conditions de travail y compris les salaires suscite de nouvelles formes de réaction.



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