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En quoi l’élection de 2004 fut-elle exceptionnelle ?
Cette élection fut singulière dans la mesure où elle fut la première à avoir
lieu après celle de 2000 qui avait été marquée par des dysfonctionnements ayant
conduit à une proclamation des résultats avec 36 jours de retard. L'issue avait
été judiciaire puisque la Cour suprême des Etats-Unis qui avait désigné comme
43ème président des Etats-Unis George W. Bush et non le recompte des
bulletins de vote en Floride.
Par ailleurs, la campagne de 2004 a été exceptionnelle dans la mesure où elle
est intervenue dans un contexte international extrêmement tendu (guerre en Irak,
lutte anti-terroriste consécutive au 11 Septembre). Les Américains et, là
encore, le reste du monde ont pressenti que le résultat de l’élection n'allaient pas
manquer d’influer sur les relations internationales des années futures.
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Quels ont été les enjeux de l’élection de 2004 ?
Trois enjeux principaux étaient au cœur des débats : la guerre en Irak, la lutte
contre le terrorisme et l’économie.
Ce qui a fait la spécificité de cette campagne électorale, c’est que pour la première
fois depuis la guerre du Vietnam, la relation entre les Etats-Unis et le reste
du monde s’annoncait pour les électeurs comme l’enjeu le plus important de la
campagne électorale. En effet, les attentats du 11 Septembre ont fait de la
sécurité internationale des Etats-Unis un enjeu de politique intérieure. Le
monde était perçu par les Américains comme dangereux.
Pendant toute la campagne, les républicains ont mis en avant cet aspect pour
souligner le danger qu’il y aurait pour la sécurité des Etats-Unis à élire John
Kerry. En effet, George Bush avait incontestablement l’avantage sur le plan de la
sécurité alors qu’il était plus vulnérable sur son bilan économique. A contrario,
Kerry et son équipe ont misé sur le fait que l’élection se ferait sur les
questions économiques, ce que les sondages ont tour à tour confirmé et démenti !
A côté des trois principaux thèmes de campagne, il y avait aussi des enjeux de
société chers aux Américains et notamment la trilogie «God, Guns, Gays»
c’est-à-dire le droit à l’avortement, la question du port d’arme et celle du
mariage homosexuel.
Au cœur de la bataille entre les deux candidats, les «swing states»,
c’est-à-dire cette quinzaine d’Etats représentant environ 160 grands électeurs
sur 537 (Floride, Ohio, Nouveau-Mexique, Arizona, Nevada…) dans lesquels Bush et
Kerry étaient au coude à coude.
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Quelles étaient les principales caractéristiques des
candidats, leurs atouts et leurs faiblesses ?
Avant tout, il convient de rappeler que les deux anciens candidats sont des héritiers
même si, en politique, George W. Bush est davantage l’héritier de Ronald Reagan
que de son père.
La personnalité de George Bush a constitué le support de sa
campagne : le président sortant renvoyait à l’électeur une image simple et
rassurante. Son éthique manichéenne et son sens de l’engagement ont conquis bon
nombre d’Américains de la classe moyenne. Le président sortant a lié très
fortement sa quête d’un second mandat à la légitimité et au soutien quasi
unanime qu’il a obtenus dans l’opinion publique américaine après le 11
Septembre. Ce faisant, il a fait mine d’oublier au passage que ce soutien s’était
quelque peu émoussé avec la guerre en Irak.
En outre, bien que George W. Bush soit à la tête d’un parti qui repose sur une
alliance entre des conservateurs moraux et des conservateurs politiques, il fait
en 2004 l’unanimité dans son camp - ce qui n’était pas le cas lors de l’élection
de 2000.
Autre avantage du président sortant, la force de frappe financière qu’il a su
réunir sur sa candidature : plus de 230 millions de dollars.
Les handicaps de George Bush étaient notamment le déficit budgétaire (il avait
hérité d’un excédent budgétaire en 2000), l’emploi (près de 3 millions d’emplois
perdus), l'absence d’armes de destruction massive en Irak et l’enlisement des
troupes américaines après leur victoire éclair au printemps 2003 contre le
régime de Saddam Hussein.
Contrairement à la spontanéité de George Bush, la rhétorique ennuyeuse et
compliquée de John Kerry a eu du mal à passer auprès des
Américains des classes moyennes. Sa personnalité réservée a abouti à un manque de
visibilité du sénateur du Massachusetts. Par ailleurs, l’unanimité des
républicains derrière leur candidat n’existe pas du côté des démocrates : les
primaires et la convention de Boston l’ont montré, le parti démocrate est une
confédération de minorités aux intérêts parfois fort éloignés et tout l’enjeu
pour John Kerry est de créer un consensus fédérateur.
En fait, les démocrates étaient davantage soudés dans leur rejet de Bush que dans
leur adhésion à la personnalité de Kerry.
Ce dernier avait toutefois compter sur le désir des démocrates de prendre leur
revanche sur l’élection tronquée de 2000.
La campagne a davantage donné l’impression d’une bataille qui opposait deux hommes
que deux programmes. Kerry a essayé de convaincre les indécis alors que Bush
a essayé de démotiver les électeurs de Kerry en leur faisant peur, notamment sur
la question de la sécurité.
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Quelle a été la place de la question irakienne dans la
campagne ?
Contrairement aux débats qui ont eu cours en Europe sur les motivations
fondées ou non de George Bush pour envahir l’Irak, les raisons de la guerre
n’ont pas constitué un sujet majeur de la campagne électorale américaine. La
question qui fut au cœur des préoccupations des Américains, notamment depuis le
scandale des prisonniers d’Abou Ghraib, était plutôt de sortir l’Amérique du
conflit.
A noter qu’il n’y a pas eu lors de la campagne électorale de mouvements
anti-guerre de grande ampleur comme ce fut le cas au moment du Vietnam. Plusieurs
raisons l’expliquent :
- le traumatisme du 11 Septembre, qui joue un rôle déterminant dans l’idée que
les Américains se font d’eux-mêmes et de leur nation ;
- les hommes envoyés en Irak sont des volontaires, ce qui est certainement moins
traumatisant pour l’opinion publique que ne l’étaient les appelés envoyés au
Vietnam ;
- les pertes humaines en Irak (1 000 Américains sont morts en un peu plus d’un
an) sont bien moindres qu’au Vietnam.
A la différence de Bush qui se conduit en véritable chef de guerre sans état
d’âme ni hésitation, Kerry n’avait pas un engagement clair à l’égard de la guerre en
Irak : il a mis en avant son passé de vétéran du Vietnam mais pas son engagement
contre cette guerre dans les années 1970. Il a voté pour le déclenchement de la
guerre mais contre les crédits supplémentaires destinés à l’Irak. Il était favorable au maintien des troupes en Irak mais avec l’aide de forces en
provenance d’autres pays. Avant tout, Kerry avait peur de passer pour un
anti-patriote. Toutefois, cette crainte l’a conduit à certaines hésitations
interprétées par les républicains comme autant de signes d’un «manque de
caractère».
John Kerry a été pendant tout le début de sa campagne très (trop ?) prudent dans
ses attaques contre Bush. Notamment il n’a pas su exploiter plusieurs erreurs de
l’administration Bush : la gestion politique de l’après-conflit en Irak et le
rejet par une commission d’enquête parlementaire de l’idée d’un lien supposé
entre Saddam Hussein et Al-Qaida.
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Quels sont les enseignements à tirer de cette élection ?
En premier lieu, l’élection de 2004 a permis de montrer que le consensus
patriotique qui a entouré le président Bush après le 11 Septembre existait
encore.
Plus profondément, l’élection de 2004 a confirmé plus que jamais certaines
tendances lourdes de la vie politique américaine :
- l’importance croissante des dépenses électorales, et ce malgré l’adoption
d’une loi qui entendait les limiter et les encadrer. A cet égard, les
conventions nationales des partis républicain et démocrate sont plus que jamais
apparues comme de véritables foires aux lobbies ;
- l’influence des médias dans l’interprétation des stratégies d'image des
candidats définies par leurs états-majors. Dans cette véritable «démocratie
médiatique» que sont devenus les Etats-Unis, les médias - notamment la
télévision et la presse - ont penché au cours de cette élection en grande
majorité du côté des républicains. Le film de Michael Moore («Fahrenheit 9/11»)
a été l’un des rares événements médiatiques ouvertement anti-Bush durant la
campagne.
- Enfin, on a assisté à un renforcement de la polarisation partisane aux
Etats-Unis, même si les deux candidats ont semblé s’opposer davantage sur le
style que sur le fond
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